SUCCÈS A LA MER
Tourville prît ou défit et dissipa presque toute la flotte marchande de Smyrne, dont il battit le convoi, et fit encore plusieurs moindres expéditions, cette même campagne, qui coûtèrent fort cher aux Anglois et aux Hollandois. Rock, qui commandoit cette flotte, eut près de cinquante vaisseaux brûlés ou coulés à fond, et vingt-sept pris, tous marchands et richement chargés : sur un seul de ceux qu'on prit, la charge fut estimée cinq cent mille écus, et on croit la perte des ennemis de plus de trente millions. On prit aussi deux gros vaisseaux de guerre, et coulé bas deux autres*. Coetlogon brûla les vaisseaux anglois qui s'étoient retirés à Gibraltar.
Cependant les régiments vacants de Neerwinden furent donnés. Tous les capitaines du Royal-Roussillon,. avec Puyrobert, lieutenant-colonel, à leur tête, m'étoient venus offrir d'écrire pour me demander, et le major, frère de notre mestre de camp, s'y joignit : ils me citèrent deux exemples où cela avoit réussi. Ils me pressèrent, et quoique je m'en sentisse fort flatté, et à la sortie d'une grande action , je persévérai à leur en témoigner ma reconnoissance sans accepter leur ofl're. Je regardai ce régiment comme la fortune du chevalier de Montfort, dont le frère Tavoit acheté. J'en écrivis à M. de Beauvillier, et je pressai infiniment M. le duc de Chartres, qui commandoit la cavalerie, de le demander pour lui, qui me le fit espérer sans s'y engager tout à fait, pour se débarrasser de pareilles prières pour les autres régiments. Morstein , qui étoit bien avec lui , me dit devant lui qu'il se doutoit bien qu'il auroit ce régiment, et fut honteux de ce que M. de Chartres lui répondit. Praslîn le demanda, et l'obtint' par Barbezieux, qui étoit son ami. J'avois su qu'il le dem andoit, je le lui avois dit, et en même temps mes désirs pour notre major. Le jour que M. de Chartres le vint faire recevoir, Praslin vint m'éveiller, dîna chez moi, s'y tint toute la journée, et y soupa. Lui et le chevalier de Montfort se firent merveilles. M. le comt& de Toulouse eut son régiment. D'Achy, qui n'en eut point, en fut outré, et