CHAPITRE PREMIER
— Éclat et accommodement de rarcheirêqae de Reims et des jésaites. — Deox lourdes sottises de Sainctot, introducteur des ambmssadears. — Mensonge d'une tapisserie du Roi, etc., réformé. '-^ IKspiite de rang entre M** d'EIbœuf et de Lislebonne. •— Mort du P. de CbeTigny. — Mort de la duchesse de Berwick. — Mariage du aaniiiis de LéTj et de M"* de CheYreuse. — Mariage du comte d'Estite . et d'âne fille du duc de Noailles, faite dame du palais aTec la m^ qaise de Léry. — Mariage de Mortagne et de M** de Quintin. ^ Èissj, éTèque de Toul, depuis cardinal, refuse rarchetèché de Bordeaux. >— Valni chcTalier de l'ordre. — Cheval iers du Saint-Esprit fomains en i675. • L'ordre renvoyé en 1688 par le duc de Braoeiano. • Électeur de Saxe pleinement roi de Pologne. — Mort de Monsieur d'Hanovre. — Obrecht va à Ratisbonne pour les affaires de Madame avec l'électeur palatin.
L'année commença par raccommodement que le premier président fit, par ordre du Roi, des jésuites avec Tarchevêqiue de Reims. Ce prélat, à Toccasion dune ordonnance qu'il aToit faite sur la fin de Tannée dernière dans son diocèse, ^*y étoit exprimé sur la doctrine et sur la morale d*une manière qui déplut aux jésuites. Ils essayèrent de faire en ^rte que Farchevéque s'expliquât d'une manière publique qui les mit hors d'intérêt. C'est ce qu'il ne voulut point faire, tellement que ces pères, peu accoutumés à trouver de la résistance nulle part, et à dominer les prélats les plus considérables, tout au moins à en être ménagés avec beaucoup de circonspection, éclatèrent contre celui-ci par un écrit qui ne le ménageoit pas, mais qui, à tout hasard, les laissoit libres, parce qu'il parut sans nom 8iiirr-âao3 il i
♦ Il
2 s ÉCLAT ET ACCOMMODEMENT [1698]
d'auteur. L'archevêque en porta ses plaintes au Roi avec tant de menaces, que récrit fut supprimé autant qu'il le put être, et l'imprimeur sévèrement châtié. Cela ne contenta pas l'archevêque; ses menaces continuèrent. Les jésuites, déjà mortifiés de ce qui venoit d'arriver, se servirent de la porte de derrière qu'ils s'étoient ménagée, et protestèrent qu'ils ignoroient l'auteur de récrit. Avec une humiliation pour eux si nouvelle, ils espérèrent tout de leur crédit auprès du Roi, et que l'archevêque à son tour se trouveroit heureux de leur désaveu; mais il se trouva qu'ils avoient affaire à un homme qui ne les aimoit, ni rie les craignoit, ni ne les ménageoit, qui dans le fond avoit raison, que son siège, ses richesses, son neveu, et sa doctrine rendoient considérable, qui étoit personnellement fort bien et dans la familiarité du Roi, qui étoit soutenu par Messieurs de Paris, de Meaux, et même pÈv Monsieur de Chartres, les prélats alors les plus en faveur, el avec qui il s'étoit comme enrôlé contre Monsieur de Cambray. Les jésuites ne purent donc rien obtenir, sinon que le Roi parleroit à Monsieur de Reims, pour qu'il ne les poussât point à bout par des écrits et une interdiction dans son diocèse, mais qu'il vouloit qu'il fût content, et qu'il chargeroit le premier président de cette affaire.
Elle fut bientôt Unie : l'archevêque n'osa pousser les clioses à bout, et voulut faire sa cour, et les jésuites, au désespoir de s'être embourbés avec trop de confiance, ne chercholent qu'à sortir de ce mauvais pas. Cela finit donc, de l'avis du premier président, par une visite à l'archevêque du provincial et des trois supérieurs des trois maisons de Paris, qui, sans lui parler plus de son ordonnance, ne lui demandèrent autre chose que de vouloir être persuadé de la sincérité de leurs respects, et de la protestation qu'ils lui faisoient qu'aucun des leurs n'étoit capable d'avoir fait l'écrit dont il avoit lieu de se plaindre, qu'il avoit paru sans qu'ils en eussent eu la moindre connoissance, et qu'ils l'improuvoient de tout leur cœur, en le suppliant de les honorer du retour de sa bienveillance.
11698] DE l'archevêque de REISIS et des JESUITES. * 3
I/archevêque les reçut et leur répondit assez cavalièrement. Ils ne s'en aimèrent pas mieux, mais de part et d'autre ils n'osèrent plus s'escarmoucher.
Sainctot, introducteur des ambassadeurs, fit faire une sottise à la duchesse du Lude qui pensa devenir embarrassante. Ferreiro, chevalier de l'Annonciade et ambassadeur de Savoie, allant à une audience de cérémonie chez M** la duchesse de Bourgogne, Sainctot dit à la duchesse du Lude qu'elle devoit aller le recevoir dans lantichambre avec toutes. les dames du palais. Celles-ci, jalouses de n'être point sous la charge de la dame d'honneur, ne l'y voulurent point accompagner; la duchesse du Lude allégua qu'elle ne se souvenoit point d'avoir vu les autres dames d'honneur de la Reine, ni de Madame la Dauphine, aller recevoir les ambassadeurs. Sainctot lui maintint que cela se devoit, et l'entraîna à le faire. Le Roi le trouva mauvais, et lava la tête le jour même à Sainctot; mais l'embarras fut qu'aucun autre ambassadeur ne voulut prendre cette môme audience sans recevoir le même honneur. On eut toutes les peines du monde à leur faire entendre raison sur une nouveauté faite par une ignorance qui ne pouvoit tourner en usage et en règle, et ce ne fut qu'après une longue négociation et des courriers dépéchés à leurs maîtres et revenus plus d'une fois qu'ils ^ contentèrent chacun d'un écrit signé de Torcy, portant attestation que cela ne s'étoit jamais pratiqué pour aucun unbassadeur, que ce qui s'étoit passé à l'égard de Ferreiro étoit une ignorance, et que cette faute ne se commettroit plus. Avec cet écrit, ils prirent leur audience, la duchesse du Lude ne bougeant de sa place, auprès et en arrière de !!•• la duchesse de Bourgogne.
A quelque temps de là, le môme Sainctot en fit bien un autre. Heemskerke, ambassadeur d'Hollande, avoit amené sa femme et sa fille. Sa femme eut son audience publique de M** la duchesse de Bourgogne, assise au milieu du cercle, à la droite de la duchesse du Lude, chacune sur leur tabouret comme c'est l'usage. En arrivant, reçue en