‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 10 sur 333 · LE CZAR ET SES VOYAGES · texte numérisé non relu

LE CZAR ET SES VOYAGES

aur un prince si grand et sî connu, et qui le sera sans doute de la postérité la plus reculée, pour avoir rendu redoutable à toute FEurope, et mêlé nécessairement à l'avenir dans les affaires de toute cette partie du monde, une cour qui n'en avoit jamais été une, et une nation méprisée et entièrement ignorée pour sa barbarie. Ce prince étoit en Hollande à apprendre lui-même et à pratiquer la construction des vaisseaux. Bien qu'incognito, suivant sa pointe, et ne voulant point s'incommoder de sa grandeur ni de personne, il se faisoit pourtant tout rendre, mais à sa mode et à sa façon.

Il trouva sourdement mauvais que l'Angleterre ne s'étoit pas assez pressée de lui envoyer une ambassade dans ce proche voisinage, d'autant que, sans se commettre, il avoit fort envie de lier avec elle pour le commerce. Enfin l'ambassade arriva : il différa de lui donner audience» puis donna le jour et l'heure, mais à bord d'un gros vaisseau hollandois qu'il devoit aller examiner. Il y avoit deux ambassadeurs, qui trouvèrent le lieu sauvage, mais il fallut bien y passer. Ce fut bien pis quand ils furent arrivés à bord : le Czar leur fit dire qu'il étoit à la hune, et que c'étoit là où il les verroit. Les ambassadeurs, qui n'avoient pas le pied assez marin pour hasarder les échelles do corde, s'excusèrent d'y monter; le Czar insista, et les ambassadeurs fort troublés d'une proposition si étrang® et si opiniâtre; à la fin, à quelques réponses brusques aii^ derniers messages, ils sentirent bien qu'il falloit sauter oo fâcheux bâton, et ils montèrent. Dans ce terrain si serré et si fort au milieu des airs, le Czar les reçut avec la môm^ majesté que s'il eût été sur son trône : il écouta 1* harangue, répondit obligeamment pour le r^i et la natioiï» puis se moqua de la peur qui étoit peinte sur le visage d^^ ambassadeurs, et leur fit sentir en riant que c'étoit 1^ punition d'être arrivés auprès de lui trop tard.

Le roi Guillaume, de son côté, avoit déjà compris lo^ grandes qualités de ce prince, et fit de sa part tout ce qu'il put pour être bien avec lui. Tant fut procédé entre eu 3^

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