‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 103 sur 333 · DE BARBEZIEUX ET DE SA FEMME · texte numérisé non relu

DE BARBEZIEUX ET DE SA FEMME

COCU, d'en vouloir donner les preuves, de ne le pouvoir,

et de n'en être cru de qui que ce soit. On n'a jamais vu

homme si enragé que celui-là de ne pouvoir passer

pour cocu. Tout ce qui se trouva ne fut qu'imprudences,

étourderies et folie d'une jeune innocente sottement

conseillée, qui veut ramener par où on les égare * ; et ce

fut tout. Mais Barbezieux, furieux, pe fut plus capable de

raison : il pria d'Alègre, par un courrier qu'il lui dépêcha

en Auvergne, de revenir sur-le-champ, et la lettre fut si

bien tournée, que d'Alègre, qui n'étoit pas un habile

homme, ne douta pas que ce ne fût pour quelque grand

avancement que son gendre lui procuroit. Il fut donc

étrangement surpris en arrivant, quand il apprit de quoi

il s'agissoit. Les séparer, il le falloit bien dans la crise où

l'affaire étoit tombée. M"* de Barbezieux étoit prisonnière

chez son mari et malade. Le mari prétendoit qu'elle la

faisoit, et vouloit la mettre dans un couvent; le père et

la mère la vouloient garder chez eux. Enfin, après un

grand vacarme, et pour fort peu de chose, le Roi, fort

importuné du beau-père et du gendre, décida que M"' de

Barbezieux iroit chez son père et sa mère jusqu'à entière

guérison, après laquelle ils la mèneroient dans un couvent

en Auvergne. Pour le bien, Barbezieux le remit tout entier,

et s'en rapporta à d'Alègre de ce qu'il conviendroit pour

l'éducation et l'entretien de ses deux fdles. On plaignit fort

d'Alègre, et sa fille encore plus, et on tomba rudement sur

Barbezieux. Ce qu'il fit encore de plus mal, ce furent les

niches de toutes les sortes qu'il s'appliqua depuis à fiiire à

d'Alègre, et d'y employer* l'autorité et le crédit de sa

charge.

1. Cette phrase incorrecte est conforme au texte du manuscrit.

Page 1