‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 104 sur 333 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

1699. — M. le duc de Berry chevalier de Tordre. — Mort du duc de Brissac. — Difficultés à succéder à la dignité de duc et pair de Brissac. — Entreprises Jorraines. — Étrange hardiesse de la princesse d'Harcourt, le jour de la première audience de Milord Jersey chez M"" la duchesse de Bourgogne. ■— Noir artifice des Lorrains, que je mis au net avec le Roi le soir môme. — Plainte du duc de Rohan au Roi, qui ordonne à la princesse d'Harcourt de demander pardon à la duchesse de Rohan, et qui l'exécute en public chez M*« de Pontchartrain. — Places des princesses du sang au cercle et lieux arrangés.

M. le duc de Berry fut nommé chevalier de Tordre le premier jour de cette année, et fut reçu à la Chandeleur.

Le duc de Brissac mourut à Brissac le premier ou le second jour de cette année. Il étoît frère unique de la maréchale de Yilleroy, et mon beau-frère, sans enfants de ma sœur, avec qui il avoit très-mal vécu, comme je Tai dit au commencement de ces Mémoires, Il n'en eut point non plus de la sœur de Vertamont, premier président du grand conseil, qu*il épousa pour son grand bien, qu'il mangea si parfaitement que, n'y ayant pas même de douaire ni de reprises pour elle, elle continua à vivre, comme elle faisoit depuis longtemps, chez son frère, qui lui donnoit jusqu'à des souliers et des chemises. Elle étoit bossue, avec un visage assez agréable, et beaucoup d'esprit et fort orné, qui Tétoit encore plus, et beaucoup de douceur et de vertu. M. de Brissac savoit beaucoup, et avoit infiniment d'esprit et des plus agréables, avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset, et fort enluminé. C'étoit de ces hommes nés pour faire mépriser Tesprit, et pour être le fléau de leurs maisons. Une vie obscure, honteuse, de la dernière et de la plus vilaine débauche, à quoi il se ruina radicalement, à n'avoir pas de pain longtemps avant de mourir, sans table, sans équipage, sans rien jamais qui ait paru, sans cour, sans guerre, et sans

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