‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 111 sur 333 · Les Lorrains · texte numérisé non relu

Les Lorrains

[i699] HARDIESSE DE LÀ PRINCESSE D'HARCOCRT. i61

Un moment après, avant qu'on fût assis, et comme les dernières arrivoient encore, titrées et non titrées (et il y avoit grand nombre de dames), la princesse d'Harcourt se glisse derrière la duchesse de Rohan et lui dit de passer à gauche ; la duchesse de Rohan répond qu'elle se trouvoit bien là, avec grande surprise de la proposition; sur quoi la princesse d'Harcourt n'en fait pas à deux fois, et grande et puissante comme elle étoit, avec ses deux bras lui fait faire la pirouette, et se met en sa place. M"* de Rohan ne sait ce qui lui arrive, si c'est un songe ou vérité, et voyant qu'il s'agissoit de faire tout de bon le coup de poing, fait la révérence à M"* la duchesse de Bourgogne et passe de l'autre côté, ne sachant pas trop encore ce qu'elle faisoit ni ce qui lui arrivoit, dont toutes les dames furent étrangement étonnées et scandaHsées. La duchesse du Lude n'osa dire mot, et M"* la duchesse de Bourgogne, à son âge, encore moins, mais sentit l'insolence et le manque de respect- M"* d'Armagnac, et ses fille et belle-fille, qui vouloient aussi la droite à l'audience de l'ambassadeur, qui se donnoit dans la pièce qui précédoit celle du lit, où on étoit, contente de l'expédition qu'elle venoit de voir, se tint vers la porte de ces deux pièces, qui étoit le côté gauche de celle du lit, y fit asseoir ses fille et belle-fille, quoique après les duchesses, dit qu'il y avoit trop de monde, et s'en alla dans la pièce de l'audience garder la droite, et se mit dans le cercle qui étoit arrangé tout prêt, vers le bas bout de la droite. La toilette finie, on passa dans la pièce de l'audience. M"* de Saint-Simon étoit grosse de six semaines ou deux mois. Elle étoit venue tard et des dernières du côté gauche, tellement que lorsqu'on se leva, elle n'eut qu'un pas à faire pour gagner la pièce de l'audience. Ce brouhaha d'y passer étoit toujours assez long; elle se trouvoit mal et ne pouvoit se tenir debout. Elle alla donc s'asseoir, en attendant qu'on vînt, sur le premier tabouret qu'elle y trouva du cercle même tout arrangé; et comme le côté droit de ce cercle étoit le plus près de la porte des deux pièces, elle se trouva à deux sièges au-dessus Saist-Si:;:ox ii. 11

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de M"* d'Armagnac, mais celle-ci tournée en cercle et en dedans, et M"* de Saint-Simon en dehors, tournée le visage à la muraille, de manière qu'elles étoîent toutes deux comme adossées. M"* d'Armagnac, qui vit qu'elle se trouvoit un peu mal, lui -offrit de l'eau de la reine d'Hongrie. Gomme on se mit à passer un peu après, elle lui dit qu'étant la première arrivée, elle ne croyoit pas qu'elle voulût sa mettre au-dessus d'elle. M'* de Saint-Simon, qui m s'étoit mise là qu'en attendant, ne répondit point, et dansj le moment môme s'alla mettre de l'autre côté, où elle s'assit même avant qu'on fût rangé, et fit mettre une duchesse devant elle pour la cacher jusqu'à ce qu'on fût placé.

J'appris ce qui s'étoit passé à la toilette, et je sus par des dames du palais que M"* la duchesse de Bourgogne étoit fort bien disposée, et qu'elle comptoit d'en parler au Roi et à M""* de Maintenon. Je crus qu'il étoit important de ne pas souffrir un affront, et à propos d'en tirer parti. Nous conférânries quelques-uns ensemble. Le maréchal de Boufflers alla parler à M. de Noailles, et moi à M. de la Rochefoucauld, au retour du Roi, qui étoit allé tirer. L'avis fut que M. de Rohan devoit le lendemain matin demander justice au Roi, sans être accompagné, parce que le Roi craignoit et haïssoit tout ce qui sentoit un corps. J*allai aussi \oir M. de la Trémoille, qui alloit souper chez le duc de Rohan, à la ville, qui n'avoit point de logement; et M. de la Trémoille me promit de le disposée à ce que nous desirions.

Comme j'étois au souper du Roi , M"' de Saint-Simon m'envoya dire de venir sur-le-champ lui parler dans la grande cour, où elle m'attendoit dans son carrosse; j'y allai. Elle me dit qu'elle venoit d'être avertie par M"* de Noailles, sortant de chez la duchesse du Lude, qui Tavoit trouvée sortant de chez M. de Duras, qui étoit l'appartement joignant, que les trois frères lorrains avoient été au tirer du Roi ; qu'ils s'y étoient toujours tenus tous trois tous seuls, séparés de tout ce qui y étoit, et peu de gens avoient la liberté d'y suivre le Roi, et aucun de l'appro-

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