‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 110 sur 333 · ENTREPRISES LORRAINES · texte numérisé non relu

ENTREPRISES LORRAINES

jours avantages de ces disputes, en partie et peut-être en tout, par l'importunité. Ils avoient la princesse de Conti auprès de Monseigneur à leur disposition, par M'* de Lislebonne et ses filles, et par les mêmes immédiatement qui eurent enfin toute sa confiance. Avec tout cela, ils ne firent, pour ainsi dire, que ballotter dans ces commencements. L'état de Madame la Dauphine, toujours mourante, retranchoit beaucoup d'occasions, et il y en eut encore beaucoup moins depuis sa mort, jusqu'à ce que M"* la duchesse de Bourgogne commençât à tenir une cour. Ils ne vouloient pas se hasarder sous les yeux du Roi, qu'ils n'eussent essayé ailleurs, et qu'ils ne l'eussent accoutumé à leurs entreprises; mais elles se produisirent hautement dès le lendemain de son mariage, au premier cercle qu'elle tint. Les princesses ne se mirent plus au-dessous des duchesses ; après, elles prétendirent la droite , et l'eurent souvent par leur concert et leur diligence. Ils* avoient affaire aune dame d'honneur qui craignoit tout, qui vouloit être l'amie de tout le monde, qui n'ignoroit pas la prédilection de M""* de Maintenon, qui trembloit devant elle, et qui, basse et de fort peu d'esprit, se trou voit toujours embarrassée, et n'y savoit d'issue qu'en souffrant tout et laissant tout entreprendre; et l'âge de M^'la duchesse de Bourgogne ne lui permetloit ni de savoir ce qui devoit être, ni d'imposer. Tel étoit l'état des choses à cet égard, quand les Lorrains, lassés de leurs foibles avantages de diligence et de ruse, où ils se trouvoient quelquefois prévenus, résolurent d'en usurper de plus réels, et se crurent en état de les emporter. Soit hasard ou de dessein prémédité, le leur éclata à la première audience que Milord Jersey eut de M"' la duchesse de Bourgogne, le mardi 6 janvier de cette année. De part et d'autre, les dames arrivèrent avant qu'on pût entrer. Les duchesses, qui s'étoient trouvées les plus diligentes, se trouvèrent les premières à la porte, et entrèrent les premières ; la princesse d'Harcourt et d'autres Lorraines suivirent. La duchesse de Rohan se mit la première à droite.

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