‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 116 sur 333 · PROBLÈME BRÛLÉ · texte numérisé non relu

PROBLÈME BRÛLÉ

: J ^ Elle étoit, comme lui, adorée en B;*etagne, et fût pour le moins aussi sensible que lui à réchange forcé de ce gouvernement. On a vu ailleurs qui elle étoit, et de qui veuve en premières noces, et sans enfants de ses deux maris. Elle ne fit que languir et s'affliger depuis la mort de M. de Ghaulnes, et ne voulut presque voir personne dans le peu qu'elle vécut depuis.

Le bonhomme Ghamarande la suivit de fort près, universellement estimé, considéré et regretté; j'en ai suffisamment parlé ailleurs pour n'avoir rien à y ajouter ici. Il avoit une assez bonne abbaye, chose avec raison devenue dès lors si rare aux laïques.

Yillacerf essuya un grand dégoût, par le désordre qui se trouva dans les fonds des bâtiments. Un nommé Mesmin, son principal commis, en qui il se fioit de tout, abusa longtemps de sa confiance. Les plaintes des ouvriers et des fournisseurs, longtemps retenues par l'amitié et par la crainte, éclatèrent enfin : il fallut répondre et voir clair. Yillacerf, dont la probité étoit hors de tout soupçon, et qui s'en pouvoit rendre le témoignage à lui-même, parla fort haut; mais quand ce fut à l'examen, Mesmin s'enfuit, et il se trouva force friponneries. Yillacerf en conçut un si grand déplaisir, qu'il se défit des bâtiments. Le Roi, qui Taimoit, mais qui jugeoit que sa tête n'étoit plus la même, lui donna douze mille livres de pension, outre ce qu'il en avoit déjà, et accepta sa démission ; et à peu de jours de là, donna les bâtiments à Mansart, son premier architecte, qui étoit neveu du fameux architecte Mansart, mais d'une autre famille : il s'appeloit Hardouin, et pour s'illustrer dans son métier, où il n'étoit pas habile, il prit le nom de son oncle, et fut meilleur et plus habile et heureux courtisan que le vieux Mansart n' avoit été architecte. ^ Il parut un livre intitulé Problème, sans nom d*auteur, qui fit un grand vacarme : l'auteur consultoit, par toutes les plus malignes raisons pour et contre, savoir lequel on devoit croire, sur des questions théologiques, de M. de Noailles évêque-comte de Châlons, ou du même M. de

I] PAR ARRÊT DU PARLEMENT. 17i

Jes archevêque de Paris. Il prétendoit que ce prélat devenu contraire à lui-même, et avoit dit blanc et sur les mêmes questions, favorablement aux jansé- 5 étant à Châlons, et défavorablement étant à Paris, it le premier coup qui lui fut porté ; il ne douta pas ne lui vînt des jicsuites : sa doctrine étoit fort dififéde la leur, et jamais il n'avoit été bien avec eux. Il devenu archevêque de Paris sans eux; toutes ses ns de prélats et d'ecclésiastiques étoient contraires eurs. L'afifaire de Monsieur [de] Cambray étoit une elle matière de division entre eux, d'autant plus senaux jésuites qu'ils n'osoient toucher cette corde-là, îs avoit pensé perdre. C'en étoit plus qu'il n'en falloit persuader Monsieur de Paris que ce livre si inju:étoit sorti de leur boutique. Ils eurent beau protesinjure en public et en particulier, et aller lui témoileur désaveu et leur peine qu*il prit cette opinion , ils furent froidement écoutés, et comme des gens le persuadoient pas, mais qu'on vouloit bien faire lant de croire. Le livre fut condamné et exécuté au >ar arrêt du Parlement, et les jésuites, contre qui tout uleva, en burent toute la honte, et ne le pardonnéjamais à Monsieur de Paris.

bout d'assez longtemps, le pur hasard lui fit trouver •itable auteur du Problème^ et avec de telles preuves 'auteur même demeura convaincu jusqu'à ne pouc désavouer. 11 n'étoit pas loin, puisqu'il logeoit dans levêché. C'étoit un docteur de beaucoup d'esprit, t grande érudition, et qui avoit toujours vécu en très ne de bien ; il s'appeloit Boileau, différent de l'ami de ;mps qui a souvent prêché devant le Roi, et différent •e du célèbre poëte et de l'auteur des Flagellants. ieur de Paris, qui cherchoit à s'attacher des gens de les plus éclairés pour l'aider dans la grande place I le força de remplir, avoit pris ce M. Boileau chez î trailoit avec tous les égards et toute la confiance auroit pu lémoigner à son propre frère, et le tenoità

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