‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 117 sur 333 · VOYAGE DE M"* DE NEMOURS · texte numérisé non relu

VOYAGE DE M"* DE NEMOURS

ses dépens. Boileau étoit un homme sauvage, qui se barricadoit dans sa chambre, et qui n'ouvroit qu'à ceux qui avoient le signal de lui de frapper un certain nombre de coups, et encore à certaines heures. Il ne sortoit de ce repaire que pour aller à Féglise ou chez Monsieur Farchevêque, travailloit obscurément, vivoit en pénitent fort solitaire, avoit une plume belle, forte, éloquente, et beaucoup de suite et de justesse. Qui eût cru que le Problème fût sorti de celle-là? Monsieur de Paris en fut touché extrêmement. On peut juger que ce docteur délogea à rheure même, et qu'il n'eût pas été difficile à Monsieur de Paris de le faire enfermer pour le reste de ses jours. Il prit un parti bien contraire, et bien digne d'un grand évêque : il vaqua à peu de jours de là un canonicat de Saint-Honoré, qui sont fort bons ; il le lui donna. Boileau, qui n'avoit pas de quoi vivre, l'accepta, et acheva de se déshonorer. 11 n'étoit pas content de ce que Monsieur de Paris ne levoit pas bouclier pour les jansénistes, et qu'il ne mît pas tout son crédit à faire tout ce qu'ils auroîent voulu : c'est ce qui lui fit faire ce livre, dont les jésuites surent bien triompher.

M. le prince de Conti, ayapt gagné son procès contre M"* de Nemours, songea à en tirer la meilleure pièce, qui étoit Neuchâtel. Pour abréger matière, il engagea le Roi àenvoyer M. de Torcy de sa part à M"' de Nemours, lui faire diverses propositions, qui toutes aboutissoient à ne point plaider devant Messieurs de Neuchâtel, à l'en laisser jouir sa vie durant, et à faire avec sûreté qu'après elle cette principauté revînt à M. le prince de Conti. M"* de Nemours, qui avoit beaucoup d'esprit et de fermeté, et qui se sentoit la plus forte à Neuchâtel, vint dès le lendemain parler au Roi, refusa toutes les propositions, et moyennant qu'elle promit au Roi de n'employer aucune voie de fait, elle lui fit trouver bon qu'elle allât à Neuchâtel soutenir son droit. M. le prince de Conti l'y suivit, Matignon y alla aussi, et enfin les ducs de Lesdiguières et de Villeroy, qui tous y prétendoient droit après M" de Ne-

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Ces trois derniers descendoient des deux sœurs ï Longueville, grand-père de M'* de Nemours : les es de rainée, mariée au fils aine du maréchal de M. de Villeroy n'y prétendoit que du même droit M. de Lcsdiguières; la cadette mariée au fils du d de Matignon. Le vieux Mailly et d'autres gens se isuite un honneur d'y prétendre, par des généaloes aux cheveux. 11 y a eu sur cette grande affaire ums curieux de tous ces prétendants. Le public essé jugea en faveur de M. de Lcsdiguières. On les r avec satisfaction. Je ne m'embarquerai pas dans de cette célèbre et inutile dispute, où un tiers ni mangea Fhuître et donna les écailles aux pré-

m'engagerai pas non plus dans la discussion des des Impériaux et des Turcs; je me contenterai de j l'Empereur, qui avoit grand besoin de la paix, 2C eux au commencement de cette année, par le î Carlowitz, où la Pologne et la république de Veentcompris[es], assez avantageuse pour l'état pré- $ afi*aires, mais où Venise se plaignit amèrement )ereur, et après quelques mois, ne pouvant mieux,

r'oit cinq ou six mois que le roi d'Espagne, hors espérance d'avoir des enfants, et dans une infirtoule sa vie qui s'augmentoit à vue d'œil, avoit ser la succession de sa vaste monarchie, indigné it de tous les projets de la partager après lui qui noient sans cesse. La reine sa femme avoit beaucrédit sur son esprit, et elle-même étoit entièreluvernée par une Allemande qu'elle avoit amenée ;, qu'on appcloit la comtesse de Berlips, et qui t pour elle et pour les siens des trésors à toutes Cette reine étoit sœur de l'Impératrice, mais en emps elle l'étoit comme elle de l'électeur palatin, séquent parente et de môme maison de l'électeur ■•rc. Malgré la haine des deux branches électorales

i74 PRINCE ÉLECTORAL DE BAVIÈRE. [4699]

depuis Tafifaire de Bohême, on crut que Tamour de la maison Tavoit emporté sur celui des proches, et que la Reine, menée par la Berlips, avoit eu grand'part à la disposition du roi d'Espagne.

Il fit un testament, par lequel il appela à la saccession entière de toutes ses couronnes et États le prince électoral de Bavière, qui avoit sept ans. Sa mère, qui étoit morte, étoit fille unique du premier lit de Tempereur Léopold, et de Marguerite-Thérèse, sœur du roi d'Espagne, tous deux seuls du second lit de Philippe IV et de la fille de Tempereur Ferdinand III ; je dis seuls, parce que tous les autres sont morts sans alliance. La reine épouse de notre roi étoit par cette raison seule du premier lit du même Philippe IV, et d'une fille de notre roi Henri IV et sœur aînée de père du roi d'Espagne et de l'Impératrice, mère de l'électrice de Bavière, dont le fils, en faveur duquel ce testament se fit, étoit en effet le véritable héritier de la monarchie d'Espagne, si on a égard aux renonciations du mariage du Roi et de la paix des Pyrénées. Dès que ce testament fut fait, le cardinal Portocarrero le dit en grand secret au marquis d'Harcourt, qui dépêcha d'IgulviUe au Roi avec cette nouvelle. Le Roi, ni lors, ni depuis qu*elle fut devenue publique, n'en parut pas avoir le plus léger mécontentement. L'Empereur n'en dit rien aussi : il espéroit bien cette vaste succession, et réunir dans sa branche tous les États de sa maison; mais son conseil avoit ses ressources accoutumées. Il n'y avoit pas longtemps qu'il s'en étoit servi pour se défaire de la reine d'Espagne, fille de Monsieur, qui n'avoit point d'enfants, et qui prenoit à son gré trop de crédit sur le roi son mari. Le prince électoral de Bavière mourut fort brusquement, les premiers jours de février, et personne ne douta que ce ne fût par l'influence du conseil de Vienne. Ce coup remit l'Empereur dans ses premières espérances, et plongea l'Europe dans la douleur et dans le trouble des mesures à prendre sur l'ouverture de cette prodigieuse succession, que chacun regardoit avec raison comme ne pouvant pas être éloignée.

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