MORT DU GHEVAUER TEMPLE
Presque en même temps le neuvième électorat, érigé en faveur du duc d*Hanovre, qui avoit causé tant de mouvements dans r Empire et qui étoit entré dans la guerre et dans la paix, fut reconnu par une partie de T Allemagne et de l'Europe .
L'Angleterre, presque en même temps, perdit, dans un simple particulier, un de ses principaux ornements, je veux dire le chevalier Temple, qui a également figuré avec la première réputation dans les lettres et dans les sciences, et dans celle de la politique et du gouvernement, et qui s'est fait un grand nom dans les plus grandes ambassades et les premières médiations de paix générale. C'étoit, avec beaucoup d'esprit, d'insinuation, de fermeté et d'adresse, un homme simple d'ailleurs, qui ne cherchoit point à paroître, et qui aimoit à se réjouir et à vivre libre en vrai Anglois, sans aucun souci d'élévation, de biens ni de fortune. 11 avoit partout beaucoup d'amis, et des amis illustres, qui s'honoroient de son commerce. Dans un voyage qu'il fit en France pour son plaisir, le duc de Chevreuse, qui le connoissoil par ses ouvrages, le vit fort. Ils se rencontrèrent un matin dans la galerie de Versailles, et les voilà à raisonner machines et mécaniques. M. de Chevreuse, qui ne connoissoit point d'heures quand il raisonnoit, le tint si longtemps que deux heures sonnèrent. A ce coup d'horloge, M. Temple interrompit M. de Chevreuse, et le prenant par le bras : « Je vous assure. Monsieur, lui dit-il, que de toutes les sortes de machines, je n'en connois aucune qui soit si belle, à l'heure qu'il est, qu'un tournebroche, et je m'en vais tout courant en éprouver rcffet, » lui tourna le dos, et le laissa fort étonné qu'il put songer à dîner.
Des ministres aussi désintéressés que celui-là sont bien rares. Les nôtres n'en avoient pas le bruit. Il vint des avis an Roi, et fort réitérés, qu'il y avoit huit millions enterrés dans la cour de la maison du feu chancelier le Tellier. Le Uoi, qui n'en voulut rien croire, fut pourtant bien aise que cela revînt à l'archevOque de Reims, à qui ct(»it la
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maison et qui y logeoit, et se rendit aisément à la prière qu'il lui fit de faire fouiller partout, en présence de Chamillart, intendant des finances. On bouleversa tous les endroits que la donneuse d'avis indiqua; on ne trouva rien : on eut la honte de l'avoir crue, et elle eut la prison pour salaire de ses avis.
Les honnêtes gens de la cour regrettèrent un cynique, qui vécut et mourut tel au milieu de la cour et du monde, et qui n'en voyoit que ce qui lui en plaisoit : ce fut le chevaHer de Coislin, frère du duc et du cardinal de ce nom, et frère de mère comme eux de la maréchale de Rochefort. G'étoit un très-honnête homme de tous points, et brave, pauvre, mais à qui son frère le cardinal n'avoit jamais laissé manquer de rien, et un homme fort extraordinaire, fort atrabilaire et fort incommode. 11 ne sortoit presque jamais de Versailles, sans jamais voir le Roi, et avec tant d'afi'ectation, que je l'ai vu, moi et bien d'autres, se trouver par hasard sur le passage du Roi, gagner au pied d'un autre côté. U avoit quitté le- service, maltraité par M. de Louvois, ainsi que son frère, à cause de M. de Turenne, à qui il s'étoit attaché et qui l'aimôit. 11 ne l'a- Yoit de sa vie pardonné au ministre ni au maître, qui souffroit cette folie par considération pour ses frères. 11 logeoit au château dans l'appartement du cardinal, et mangeoit chez lui, où il y avoit toujours fort bonne compagnie. Si quelqu'un lui déplaisoit, il se faisoit porter un morceau dans sa chambre, et si, étant à table, il survenoit quelqu'un qu'il n'aimât point, il jetoit sa serviette, et s'en alloit bouder ou achever de dîner tout seul. On n'éloit pas toujours à l'abri de ses sorties, et la maison de son frère fut bien plus librement fréquentée après sa mort, quoique presque tout ce qui y alloit fût fait à ses manières, qui mettoient souvent ses frères au désespoir, surtout le cardinal, qu'il tyrannisoit.
Un trait de lui le peindra tout d'un coup. Il étoit
ic '■■; embarqué avec ses frères, et je ne sais plus quel qua-
' tiième, à un voyage du Roi, car il le suivoit toujours