ENREGISTREMENT AU PARLEMENT
publique, fut généralement admirée. Il ne laissa pas de se trouver des censeurs qui auroient voulu qu'il eût comme copié la constitution, et qui se firent moquer d'eux. Monsieur de Meaux, qui étoit à la cour, reçut les compliments de tout le monde, qui courut chez lui en foule. Monsieur de Chartres étoit à Chartres, où il demeura, et Monsieur de Paris montra une grande modération. M'* de Maintenon parut au comble de sa joie.
La difficulté fut après sur Fenregistrement au Parlement, à cause de la forme de cette bulle et des termes qui s'y trouvoient contraires aux libertés de l'Église gallicane, libertés qui ne sont ni des nouveautés ni des concessions ou des privilèges, mais un usage constant d'attachement à l'ancienne discipline de l'Église, qui n'a point fléchi aux usurpations de la cour de Rome, et qui ne Ta point laissée empiéter comme elle a fait sur les Églises des autres nations. On prit donc un expédient pour mettre tout à couvert sans trop de retardement, : ce fut une lettre du Roi à tous les métropolitains de son royaume, par laquelle il leur mandoit d'assembler chacun ses suffragants, pour prononcer sur la condamnation que le Pape venoit de faire du livre des Maximes des saints de Monsieur de Cambray, de la constitution duquel il leur envoya en môme temps un exemplaire. L'obéissance fut d'autant plus prompte que cette sorte d'assemblée par provinces ecclésiastiques sentoit fort les conciles provinciaux, quoique limitées à une matière, et que l'interruption de ces sortes de conciles, dont les évoques avoient abusé en y mêlant pour leur autorité force affaires temporelles, étoit un de leurs plus grands regrets. Par ce tour, nos évêques furent censés examiner le livre et la censure, et n'adhérer au jugement du Pape que comme juges eux-mêmes delà doctrine, et jugeant avec lui. lis en firent des procès-verbaux, qu'ils envoyèrent à la cour, et de cette manière il n'y eut plus de difficulté, et le Parlement enregistra la condamnation de Monsieur de Cambray, en conséquence de l'adhésion des évêques de France en forme de jugement.
[1699] PROCÉDÉ DE l'ÉVÊQUE DE SAINT-O&IER. 189
Monsieur de Cambray subit ce dernier dégoût avec la même grandeur d'âme qu'il avoit reçu et adhéré à sa condamnation. Il assembla ses suffragants comme les autres métropolitains, et y trouva de quoi illustrer sa patience comme il avoit illustré sa soumission. Valbelle, évêque de Saint-Onier, Provençal ardent à la fortune, n'eut pas honte, comptant plaire, d'ajouter douleur à la douleur : il proposa dans l'assemblée qu'il n'y suffisoit pas de condamner le livre des Maocimes des saints^ si on n'y condamnoit pas en même temps tous les ouvrages que Monsieur de Cambray avoit faits pour le soutenir. L'archevêque répondit modestement qu'il adhéroit de tout son cœur à la condamnation de son livre des Maximes des saints, et qu'il n' avoit pas attendu, comme on le savoit, cette assemblée pour donner des marques publiques de son entière soumission au jugement qui avoit été rendu, mais qu'il croyoit aussi qu'il ne de voit pas l'étendre à ce qui n'étoit point jugé; que le Pape étoit demeuré dans le silence sur tous les écrits faits pour soutenir le Uvre condamné; qu'il croyoit devoir se conformer entièrement au jugement du Pape, en condamnant comme lui le livre qu'il avoit condamné, et demeurant comme lui dans le silence sur tous les autres écrits à l'égard desquels il y étoit demeuré. Il n'y avoit rien de si sage, de si modéré, ni de plus conforme à la raison, à la justice et à la vérité que cette réponse. Elle ne satisfit point Monsieur de Saint-Omer, qui vouioit se distinguer et faire parler de lui : il prit feu, et insista par de longs et violents raisonnements, que Monsieur de Cambray écouta paisiblement sans rien dire. Quand le Provençal fut épuisé. Monsieur de Cambray dit qu'il n'avoit rien à ajouter à la première réponse qu'il avoit faite à la proposition de Monsieur de Saint-Omer; ainsi, que c'étoit aux deux autres prélats à décider, à l'avis desquels il déclaroit par avance qu'il s'en rapporteroit sans répliquer. Messieurs d'Ârras et de Tournay se hâtèrent d'opiner pour l'avis de Monsieur de Cambray,. et imposèrent avec indignation à Monsieur de Saint-Omer, qui