‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 128 sur 333 · MORT DE FRONTENAC · texte numérisé non relu

MORT DE FRONTENAC

Il fut peu regretté à la cour, et même dans le monde, mais la perte fut grande pour sa maison.

Thury, frère cadet de M. de Beuvron, mourut aussi. On le voyoit assez souvent à la cour; c'étoit un homme fort appliqué à ses affaires ; ni lui ni son frère n'avoient guère servi. Il étoit resté un vieux conte d'eux, du temps qu'ils étoient à Tarmée : ils se promenoient à la tête du camp; il tomba une pluie assez douce après une longue sécheresse : « Mon frère, s'écria l'un, que de foins I — Mon frère, que d'avoine I » répondit l'autre. On le leur a souvent reproché.

On eut nouvelle de la mort du comte de Fronten'^c à Québec, où il étoit, pour la seconde fois, gouverneur général, depuis près de dix ans. Il avoit tellement gagné la confiance des sauvages, la première fois qu'il eut cet emploi, qu'on fut obligé de le prier d'y retourner. Il y fit toujours parfaitement bien, et ce fut une perte. Le frère de Caillières commandoit sous lui, et lui succéda. M. de Frontenac s'appeloit Buade ; son grand'père avoit été gouverneur de Saint-Germain, premier maître d'hôtel du Roi, et chevalier de l'ordre en 1619. Celui-ci étoit fils d'une Phélypeaux, nièce et fille de deux secrétaires d'État, et il étoit frère de M"' de Saint-Luc, dont le mari étoit chevalier de l'ordre et lieutenant général de Guyenne, fils du maréchal de Saint-Luc et père du dernier Saint-Luc, mari d'une Pompadour, sœur de M"' d'Hautefoct. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit, fort du monde, et parfaitement ruiné. Sa femme, qui n'étoit rien, et dont le père s'appeloit la Grange Trianon, avoit été belle et galante, extrêmement du grand monde et du plus recherché. Elle et son amie M"* d'Outrelaise, qui ont passé leur vie logées ensemble à l'Arsenal, étoient des personnes dont il faUoit avoir l'approbation; on les appeloit les Divines. J'en ai dit quelque chose à propos du nom d'Orondat du vieux ViUars. Un si aimable homme et une femme si merveil* leuse ne duroient pas aisément ensemble; ainsi, le mari n'eut pas de peine à se résoudre d'aller vivre et mourir à

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