FORTUNE DE CHAMILLART
et de là par toute la cour. Le courrier ne Tavoit pas trouvé à Paris, et le fut chercher à Montfermeil, qui en est à quatre lieues, vers Chelles et Livry. Il arriva le lendemain dimanche après midi.
C'étoit un grand homme, qui marchoît en dandinant, et dont la physionomie ouverte ne disoit mot que de la douceur et de la bonté, et tenoit parfaitement parole. Son père, maître des requêtes, mourut en 1675 intendant à Caen, où il avoit été pr'ès de dix ans. L*année suivante, le fils fut conseiller au Parlement. Il étoit sage, appliqué, peu éclairé, et il aima toujours la bonne compagnie. Il étoit de bon commerce et fort honnête homme. 11 aimoit le jeu, mais un jeu de commerce, et jouoit bien tous les jeux. Cela Finilia un peu hors de sa robe; mais sa fortune fut d*exceller au billard. Le Roi, qui s'amusoit fort de ce jeu, dont le goût lui dura fort longtemps, y faisoit presque tous les soirs d'hiver des parties avec M. de Vendôme et Monsieur le Grand, et tantôt le maréchal de Villeroy, tantôt le duc de Gramont. Us surent que Chamillart y jouoit fort bien ; ils voulurent en essayer à Paris. Ils en furent si contents qu'ils en parlèrent au Roi, et le vantèrent tant qu'il dit à Monsieur le Grand de l'amener la première fois q.u'il iroit à Paris. Il vint donc, et le Roi trouva qu'on ne lui en avoit rien dit de trop. M. de Vendôme et Monsieur le Grand l'avoient pris en amitié et en protection encore plus que les deux autres, et firent en sorte qu'il fut* admis une fois pour toutes dans la partie du Roi, où il étoit le plus fort de tous. 11 s'y comporta si modestement et si bien, qu'il plut au Roi et au courtisan, dont il se trouva protégé à l'cnvi, au lieu d'en être moqué, comme il arrive à un nouveau venu inconnu et de la ville. Le Roi le goûta de plus en plus, et il en parla tant à M"* de Maintenon qu'elle le voulut voir. 11 s'en tira si bien avec elle, que, peut-être pour flatter le goût du Roi', elle lui dit de la venir voir quelquefois, et à la fin elle le goûta autant pour le moins