Saint-Simon a écrit fut^ à rindicatif
232 FORTUNE DE GHAHILLART, [1699]
que le Roi. Malgré ces voyages continuels à Versailles, où il ne couchoit point, il fut assidu les matins au Palais, et continua d'y rapporter. Cela lui acquit Tafifection de ses confrères, qui lui surent gré de faire son métier comme l'un d'eux et de vivre avec eux à Tordinaire, sans donner dans rimpertinence, qui suit souvent les distinctions en beaucoup de gens, et cela lui fit un mérite à la cour et auprès du Roi. Peu à peu il se fit des amis, et le Roi voulut qu'il fût maître des requêtes, pour être plus libre et plus en état d'être avancé. Alors il lui donna un logement au château, chose fort extraordinaire pour un homme comme lui, et même unique. G'étoit en 1686; trois ans après il fut nommé intendant de Rouen. Il pria^le Roi, avec qui déjà il étoit très-librement, de vouloir bien ne le pas éloigner de lui ; mais le Roi lui dit que c'étoît pour cela même qu'il Tenvoyoit à Rouen, qui est si proche, et il lui permit de venir de temps en temps passer six semaines à Versailles. Il le mena à Marly, et le mit de son jeu au brelan et à d'autres; il prit des croupiers parce que le jeu étoit gros; il y fut heureux.
Au bout de trois ans d'intendance, où il ne se méconnut pas plus qu'il avoît fait au Parlement, il vaqua une charge d'intendant des finances, que le Roi lui donna de son mouvement, en 1689, où, comme on voit, il demeura dix ans, et toujours sur le même pied avec le Roi, quoique le billard ne fût plus à la mode. 11 cultiva si bien M"* de Maintenon, depuis qu'il fut devenu sédentaire à Paris et à la cour, qu'elle le choisit pour administrer les revenus et toutes les affaires temporelles deSaint-Cyr,ce qui lui donna un rapport continuel avec elle. Il se fit beaucoup d'amis à la cour : M. de Chevreuse, dont les terres venoient presque jusqu'à Versailles, par le duché de Chevreuse et par celui de Montfort, avoit fait et refait divers échanges avec la maison de Saint-Cyr, daijs lesquels le Roi et M** de Maintenon étoient entrés, et avoit beaucoup de terres limitrophes et même enclavées avec les leurs. Cela donna lieu à Chamillart de travailler souvent avec lui, et occasion