‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 158 sur 333 · PRINCESSE DE HONTBÉLIARD A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

PRINCESSE DE HONTBÉLIARD A FONTAINEBLEAU

aventure que les examens et les rapports de procès ne pouvoient compatir avec ce billard de trois fois la semaine. 11 n'en fut pas moins assidu au^ Palais, ni attentif à bien juger, mais il ne voulut plus être rapporteur d'aucune affaire, et remit au greffe celles dont il se trouvoit chargé, et pria le président d'y commettre. Cela s'appelle une belle, prompte et grande action dans un juge, et plus encore dans un juge aussi étroitement dans ses affaires qu'il y étoit alors.

Monseigneur logeoit, à Fontainebleau, dans un appartement enclavé qui ne lui plaisoit point; il eut envie de ceux de MM. du Maine et de Toulouse, contigus, en bas dans la cour en ovale; mais le Roi ne les voulut point déloger : il fit espérer pour l'année suivante un autre logement à Monseigneur, qui fut obligé de demeurer, en attendant, dans le sien. Celui de la Reine mère lui auroit mieux convenu qu'aucun, mais il étoit occupé tout le milieu de chaque voyage, et celui-ci encore, par le Roi et la reine d'Angleterre, et demeuroit vide le reste du temps.

11 vint à Fontainebleau, du fond de la Silésie, une fille de la maison de Wurtemberg, d'une arrière-branche de Montbéliard CEls S et c'est cette principauté d'CEls qui est en Silésie. Elle avoit perdu son père il y avoit six mois, çt sans savoir que M. de Chaulnes, avec l'héritière de Picquigny sa mère, avoit tout donné au second fils de M. de Chevreuse s'il mouroit sans enfants, elle venoit recueillir la succession d'Ailiy, dont elle avoit eu une mère. Elle étoit dans un deuil à faire peur, et ne marchoit que dans un carrosse drapé, comme en ont les veuves, et sans armes, et ses chevaux caparaçonnés et croisés de blanc jusqu'à terre , ses gens des manteaux longs et des crêpes traînants. On lui demanda de qui un si grand deuil : « Hélas! dit-elle en sanglotant ou faisant semblant, c'est de Monseigneur mon papa. » Cela parut si plaisant que chacun lui fit la môme question pour donner lieu à la ré-

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