‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 159 sur 333 · TABOURET DE LA GHANCELIÈRE · texte numérisé non relu

TABOURET DE LA GHANCELIÈRE

ponse ; et voilà comme sont les François : ce qui leur parut si ridicule, et qui Fétoit en effet à nos oreilles, ne Fétoit en soi qu'à demi. Personne de quelque distinction, même fort éloignée de celle des maisons souveraines d'Allemagne, en parlant de ses parents en allemand, ne dit jamais autrement que Monsieur mon père. Madame ma mère, Mademoiselle ma sœur, Monsieur mon frère. Monsieur mon oncle, Madame ma tante. Monsieur mon cousin, et supprinier le Monsieur ou le Madame seroit une grossièreté pareille à tutoyer parmi nous. De Monseigneur^ il n'y en a point en allemand; de 'papa^ voilà le ridicule, surtout entre cinquante et soixante ans qu'avoit icettc bonne Allemande; mais cela,, joint aux sanglots, à l'équipage d'enterrement, fit le ridicule complet. Elle vit le Roi le matin un moment, puis M"* la duchesse de Bourgogne, à qui le Koi avoit mandé de la baiser et de la faire asseoir la dernière de toutes les duchesses; et Sainctot, introducteur des ambassadeurs, la mena partout par ordre du Roi. Ce fut la duchesse du Lude qui la présenta. Elle demeura deux jours à Fontainebleau et une quinzaine à Paris, puis s'en retourna comme elle étoit venue.

Madame la chancelière prit son tabouret, à la toilette de M"* la duchesse de Bourgogne, le samedi 19, septembre, après laquelle elle suivit dans le cabinet, où il y eut audience d'un abbé Rizzini, en cercle. La duchesse du Lude, son amie, et encore plus des places et de la faveur, avoit arrangé cela tout doucement pour étendre ce tabouret. Le Roi, qui le sut, lui lava la tête, et avertit le chancelier que sa femme avoit fait une sottise qu'il ne trouveroit pas bon qu'elle recommençât; aussi s'en garda-t-elle bien depuis. Cela fit grand bruit à la cour. Pour entendre ce fait, il faut remonter bien haut, et savoir qu'aucun office de la couronne ne donne le tabouret à la femme de l'officier, non pas même celui de connétable.

Le chancelier Seguier avoit donné sa fille aînée, trèsriche, à un parti très-pauvre, et qui d'ailleurs n'y auroit pas prétendu. C'étoit au père des duc et cardinal de Cois-

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