FEMMES DES GARDES DES SCEAUX
ner, etc. La duchesse du Lude, qui étoit sa petite-fille, auroit bien voulu faire accroire que ce tabouret s'étendoit à toute la matinée, jusqu'au dîner exclusivement, pour y comprendre les audiences et gagner ainsi le terrain pied à pied ; mais le Roi y mit si bon ordre, et la chose tellement au net, que cela demeura barré pour toujours. Pour le Roi, la chancelière ne le voyoit jamais qu'à la porte de son cabinet , où elle se tenoit debout toute habillée, pour lui faire sa cour lorsqu'il rentroit de la messe, et il s'arrêtoit toujours à elle pour lui dire un mot; et cela arrivoit deux fois Tannée, et aux occasions s'il . s'en présentoit. Chez les filles de France , elle n'étoit assise non plus qu'à la toilette ; mais ce tabouret, tout informe qu'il fût, soutenu de l'exemple de la môme chancelière Seguler, qui fut enfin assise tout à fait quand le cardinal Mazarin fit duc à brevet son mari, avec tant d'autres, dont il disoit qu'il en feroit tant qu'il seroit honteux de l'être et honteux de ne l'être pas, que les chancelières, sans avoir pu étendre ce tabouret ni oser prendre les distinctions des duchesses, comme la housse, etc., n'ont pas laissé pourtant d'obtenir insensiblement des princesses du sang le fauteuil, et je pense aussi la reconduite comme les duchesses, mais cédant à toutes partout, même à brevet, jusqu'à aujourd'hui, et sans tortillage ni difficulté*. Il n'avoit jamais été question des femnies des gardes des sceaux, et aucune n'a eu le tabouret ni prétendu; mais M. d'Argenson étant devenu garde des sceaux, et en même temps le seul vrai maître des finances pendant la régence de M. le duc d'Orléans, la facilité de ce prince, qui faisoit litière d'honneurs, et qui n'en haïssoit pas les mélanges et les désordres, fit asseoir la femme du garde des sceaux à la toilette de Madame sa fille et de Madame sa mère, les seules filles de France alors, et cet exemple a fait asseoir M'*' Chauvelin à la toilette de la Reine, lorsque son mari eut les sceaux avec toute la faveur et toute la con-
1. Cette phrase irrégulière est conforme au texte du manuscrit.