‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 168 sur 333 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Me*" et M"* la duchesse de Bourgogne mis ensemble. — Menins de JUv le duc de Bourgogne : Gamaches, d'O, Cheverny, Saumery. — M"* de Saumery. — Emplois de Cheverny, et son aventure t Vienne.

— Mort de M"" de Montchevreuil. — M»' le duc de Bourgogne entre au conseil des dépèches. — Castel dos Rios ambassadeur d'Espagne en France, —r Mort d'Arrouy dans la Bastille. — Voyage à Paris du duc et de M""* la duchesse de Lorraine, pouv l'hommage lige de Bar.

— Ducs de Lorraine, l'un connétable, l'autre grand chambellan. — Princes du sang précèdent les souverains non rois partout. — Monsieur de Lorraine étrangement incognito. — Madame et Monsieur de Lorraine et Paris, qui va saluer le Roi. — Adresse continuelle à l'égard de M. et de M"* la duchesse de Chartres. — Madame

' de Lorraine malade de la petite vérole. — Hommage lige au Roi par le duc de Lorraine pour le duché de Bar. — Monsieur de Lorraine à Meudou et à Marly, ou il prend congé. — Monsieur de Lorraine prend congé de Monseigneur à l'Opéra, et de M»' et de M""* la duchesse de Bourgogne sans les avoir vus auparavant, et part en posté payée par le Roi. — Madame de Lorraine à Versailles, puis et Marly prendre congé, et part.

En arrivant de Fontainebleau, le jour même, W et M"* la duchesse de Bourgogne furent mis ensemble. Le Roi les voulut aller surprendre comme ils se mettroient au lit; il s'y prit un peu trop tard, il trouva les portes fermées, et il ne voulut pas les faire ouvrir. Peu de jours après, il nomma quatre hommes qui étoient souvent à la cour pour se tenir assidus auprès de M*' le duc de Bourgogne, qui dans la vérité ne pouvoient guère être plus mal choisis : Cheverny, Saumery, Gamaches et d'O. Des deux derniers j'en ai parlé assez pour n'avoir rien à y ajouter. Le bon Gamaches étoit un bavard qui n'avoit jamais su ce -Z qu'il disoit ni ce qu'il faisoit, et dont M. de Chartres et ses/'^:> amis de plaisir s'étoient moqués tant que le Roi l'avoit tenu auprès de lui. Il ne savoit rien, pas même la cour ni le monde, où il avoit fort peu été, ni la guerre non plus,

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quoique il eût toujours serri, et arec beaucoup dlioimeiir et de valeur; du reste un fort honnête homme. D*0 étoît ce mentor de M. le comte de Toulouse, qui de son appartement de Versailles derint lieutenant générai des armées navales. Son assiduité chez son premier maître étoit difficile à accorder avec cet emploi, mais il savoit accorder toutes choses, témoin sa dévotion importante et le galant métier de sa femme, pour faire fortune par Ton des deux, et peut-être par tous les deux ensemble.

Chevemy étoit Clermont Gallerande ; son père avoit été maître de la garde-robe, et chevalier de Tordre ai 1661, \'l. . :^^7 dont on a d'excellents Mémoires, en formes d*annales« sons le nom de 3Ionglat, qu'il portoit. Sa femme, fille du fib du chancelier de Cheverny, étoit une femme extrêmement du grand monde, qui avoit été gouvernante des filles de r Gaston, et sur le pied de laquelle il ne faisoit pas bon marcher. L'un et Tautre fort riches s*étoient parfaitement ruinés, et avoient marié leur fils à la sœur de Saumery. C'étoit un homme qui présentoit plus d'esprit, de morale, de sens et de sentiment qu'il n'en avoit en effet : beaucoup de lecture, peu ou point de service, une conversation agréable et fournie, beaucoup de politique, d'envie de plaire et de crainte de déplaire, un extérieur vilain et même dégoûtant, toute Tencolure d'un maître à écrire, et toujours mis comme s'il l'eût été, en tout un air souffreteux, et une soif de cour et des agréments de cour qui alloit à la bassesse; avec tout cela, ce tuf se cachoit sous d'autres apparences, et j'en ai été la dupe fort longtemps; d'ailleurs un honnête homme.

Saumery étoit petit-fils d'un valet d'Henri IV, qui Tavoit suivi du Béarn, et qui, comme beaucoup de ce peuple, s'appeloit Johanne. 11 fut jardinier de Chambord, et sur la fin de sa vie concierge, non pas de ces concierges gouverneurs et capitaines comme il y en a toujours eu à Fontainebleau et à Compiègne, mais concierge effectil, comme nous en avons tous dans nos maisons. 11 gagna du bien; il mit son fils dans les troupes, qui étoit fort bien fait , et

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