‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 172 sur 333 · MORT DE H** DE MONTGHEVREUU · texte numérisé non relu

MORT DE H** DE MONTGHEVREUU

jours, se trouva si mal au Plessis qu'il y fallut arrêter longtemps. On eut toutes les peines du monde à Famener à Versailles, où elle mourut le quatrième jour. M"* de Maintenon en fut fort affligée, beaucoup de gens tâchèrent de persuader qu'ils Tétoient, mais dans le fond chacun s'en trouva soulagé comme d'une délivrance. J'ai suffisamment parlé de M. et de M"* de Montchevreuil, à propos du mariage de M. du Maine, pour n'avoir rien à y ajouter. Quelques jours après, le Roi vit le bonhomme Montchevreuil dans son cabinet, par les derrières, par où, comme gouverneur autrefois de M. du Maine, il continuoit d'entrer. Le Roi le traita comme un ami intime auroit fait son ami; à la situation où il étoit avec lui, cela n'étoit pas surprenant.

Ce même jour de la mort de M"' de Montchevreuil, 25 octobre, le Roi dit le soir à M*' le duc de Bourgogne qu'il le feroit entrer au premier conseil de dépêches ; et ajouta que, pour les premiers, il vouloit qu'il ne fît qu'écouter, pour apprendre et se former, pour se mettre en état de bien opiner ensuite. Ce fut une grande joie pour ce prince; Monseigneur n'y étoit pas entré si jeune; Monsieur en étoit, mais il en étoit resté là.

Castel dos Rios, gentilhomme catalan fort pauvre, étoit arrivé à Paris au commencement du voyage de Fontainebleau, avec caractère d'ambassadeur d'Espagne : il avoit été nommé pour aller en la même qualité en Portugal, mais il arriva que celui qui devoit venir en France étont plus distingué et beaucoup plus accrédité à la cour d'Espagne, il fit changer la destination, et alla en Portugal comme à une ambassade de faveur, et fit envoyer l'autre à celle d'exil; c'est ainsi qu'elle étoit regardée. Il voulut venir à Fontainebleau trouver la cour, et en fut refusé : il s'en plaignit fort; on lui répondit qu'on avoit bien fait attendre M. d'Harcourt trois mois à Madrid avant de lui permettre de voir le roi d'Espagne, qu'ainsi il pouvoit bien avoir patience six semaines avant de voir le Roi. Au retour, il eut audience. Ce qu'il avoit à y traiter étoit en

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effet d*une importance à ne pas souffrir volontiers des délais; il pressa le «Roi de deux choses de la part du roi son maître : Tune, d'employer son autorité pour faire révoquer à la Sorbonne la condamnation qu'elle avoit faite des livres d'une béate espagnole qui s'appelle Marie d'Âgreda. Le temps étoît mal pris : ces livres éioient tout à fait dans les sentiments de Monsieur de Gambray, que le Roi venoit de faire condamner à Rome. L'autre chose étoit de faire établir en dogme, par tout son royauibe, l'immaculée conception de la sainte Vierge, et par conséquent faire plus que l'Église, qui a été plus retenue là-dessus : aussi se moqua-t-on de Tambassadeur et de son maître, avec les plus belles paroles du monde. Ce fut là toute la matière de son audience. Qui auroit cru que cette ambassade eût tourné quatorze mois après comme elle fit, et que cette espèce d'exil eût fait à l'ambassadeur la fortune la plus complète ?

Le pauvre d'Ârrouy ^ mourut en ce temps-ci à la Bastille, où il étoit depuis dix ou douze ans; il avoit été longtemps trésorier des états de Bretagne. C'étoit le meilleur homme du monde et le plus obligeant; il ne savoit que ])rèter de l'argent, et point presser pour se faire payer : avec cette conduite il s'obéra si bien, que quand il fallut compter, il ne put jamais se tirer d'affaires. La confiancede la province et de tout le monde étoit si grande en lui, qu'on l'avoit laissé plusieurs années sans compter; ce fut sa ruine. Beaucoup de gens y perdirent gros; la Bretagne y demeura pour beaucoup, et il demeura entièrement ruiné. C'est, je crois, l'unique exemple d'un comptable de deniers publics avec qui ses maîtres et tout le public perdent sans que sa probité en ait reçu le plus léger soupçon. Les perdants mêmes le plaignirent, tout le monde s'affligea de son malheur : c*est ce qui fit que le Roi se contenta d'une prison perpétuelle; il la souffrit sans se plaindre, et la passa dans une grande piété, fort visité de

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