VOYAGE À PARIS
beaucoup d'amis et secouru de plusieurs. Cela n'empêcha pas son Ris de devenir maître des requêtes et intendant de province, avec réputation d*esprit et de prpbité. Il se fit aimer et estimer, et il auroit été plus loin, si la piété^ tant de lui que de sa femme, dont il n'avoit point d'enfants, ne les avoit engagés à tout quitter pour ne penser qu'à leur salut. J'ai fort vu cette M"* d'Arrouy à Pontchartrain, qui avoit beaucoup d'esprit, et un esprit très-aimable et orné, extrêmement dans les meilleures œuvres, et extrêmement janséniste : je me suis souvent fort diverti à disputer avec elle; j'étois ravi quand je l'y trouvois.
On attendoit, au retour de Fontainebleau, Monsieur de Lorraine, pour rendre au Roi son hommage lige du duché de Bar et de ses autres terres mouvantes de la couronne. Madame la duchesse devoit venir avec lui, et Monsieur les défraya à Paris, et leur donna, au Palais-Royal, l'appartement de M. et de M"* la duchesse de Chartres. Nul embarras pour Madame de Lorraine, qui conservoit son rang de petile-fille de France. Il n'y en devoit pas avoir non plus pour Monsieur de Lorraine : ses pères, ducs de Lorraine comme lui, ont été bien des fois à la cour de France sans difficultés.
Charles I", duc de Lorraine, fut fait connétable de France après la mort, ou plutôt le massacre, du connétable d'Armagnac, le 12 juin 1418, dans Paris, par le parti de Bourgogne. Il est vrai qu'il n'en jouit pas longtemps, pour avoir été institué par cette terrible Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, qui, dans un intervalle de sa triste maladie, le destitua à Bourges, en avril 1423 *, et donna répée de connétable à J. Stuart, comte de Boukan et de Douglas, qui fut tué le 17 août suivant, à la bataille de Verneuil au Perche contre les Anglois. Le comte de Ricbemont fut fait connétable en sa place; il étoit fils, frère et oncle des ducs de Bretagne, et le fut lui-même après eux, en 1457, et voulut conserver l'épée de connétable,
1. Charles VI mourut en 1422; c'est Charleg VII qui remplaça le duc de Lorraine par J. Stuart.
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avec laquelle il avoit acquis tant de gloire, et mourut duc de Bretagne et connétable de France, en décembre 1458, dans son château de Nantes, portant lors le nom d'Artus III. René II, duc de Lorraine, fut fait grand chambellan, 7 août 1486, par Charles YIII, qui avoit alors seize ans, à la place du comte de Longueville, fils du célèbre bâtard d'Orléans, destitué et ses terres confisquées pour avoir pris le parti du duc d'Orléans, depuis roi Louis XII, contre M"* de Beaujeu, sœur du Roi, sa tutrice et gouvernante du royaume. Le duc de Lorraine ne demeura pas longtemps graYid chambellan de France : il se ligua avec le même duc d'Orléans contre le Roi, et Ph. de Baden, marquis d'Hochberg et comte de Neuchâtel, fut pourvu en sa place de cet office de la couronne, en 1491.
Sans aller si loin, Louis XIII et le roi son fils ont vu Charles IV, duc de Lorraine, plus d'une fois en leur cour, et y faire des séjours, et la duchesse Nicole a passé à Paris ses dernières années. La planche étoit donc faite, et il n'y avoit qu'à la suivre. On y peut ajouter que le père du duc de Lorraine a été aussi à Paris et à la cour; mais il s'y arrôla peu, quoique «issez pour continuer les exemples et régler celui-ci. Mais cela même étoit ce qui incommodoit les cadets de sa maison établis en France, qui, tirant leurs prétentions de leur naissance, avoient grand intérêt de relever leur aîné, et grande facilité par Monsieur, entièrement abandonné au chevalier de Lorraine, jusqu'au point où je l'ai remarqué au mariage de Madame de Lorraine. Des gens qui avoient osé vouloir élever leur aîné jusqu'en compétence de M. le duc de Chartres n'étoient pas pour s'accommoder de celle des princes du sang, et ceux-ci encore moins pour la souffrir. Jamais aucun duc de Lorraine ne leur avoit disputé, pas môme le père de celui-ci, beau-frère de l'Empereur et à la tête de son armée, aux deux princes de Conti, volontaires dans la même armée, auxquels l'électeur de Bavière, qui y servoit, ne disputoit pas. Le second de ces princes étoit vivant et existant à la cour, et cet électeur étoit frère de Madame ia Dauphioe