‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 186 sur 333 · AU MARÉCHAL DE VILLEROT · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL DE VILLEROT

fâché de regarder le maréchal du coin de Toeil, et de voir ses grandes manières si plaisamment humiliées. Le Roi vint, et finit le spectacle et rembarras, mais il ne fit que suspendre : ce fut la matière de la conversation de plusieurs jours, et le divertissement de la malignité et de Tenvie, si ordinaire à la cour.

Cette aventure, quelle qu'elle fût, ne pouvoit me servir de le<j*on de ne me pas fier à un si méchant homme. Il pouvoit avoir cru se parer de sa modestie par un discours qui, au fond, n'apprenoit rien que tout le monde ne sût, et la jalousie de la faveur et de Féclat du maréchal de Villeroy pouvoit l'avoir excité à lui dire à brûle-pourpoint des vérités si fâcheuses à entendre. J'étois à mille lieues de tout ce que ce pernicieux vieillard pouvoit désirer ou envier, et je ne crois pas qu'un autre en ma place eût pu se défier d'une scélératesse aussi gratuite et aussi complète. Mais il faut achever ce qui regarde l'absence affectée de M. de Bouillon.

Ce n'étoit point le service de l'hommage qui en éloigna M. de Bouillon : je l'ai expliqué; mais accoutumé à se couvrir aux audiences des ambassadeurs, depuis que les félonies héréditaires de ses pèreS, depuis que la faveur d'Henri IV leur eût valu Sedan, avoient acquis le rang de prince à son père au lieu de lui coûter la tète, il ne voulut pas se trouver à une cérémonie où les princes du sang, les bâtards et Monsieur de Lorraine se couvriroient, et où il demeureroit découvert, et c'est ce qui empêcha la maison de Lorraine de s'y trouver, et tous les autres qui ont cet avantage. Mais pour entendre cette différence aux mômes personnes de se couvrir aux audiences des ambassadeurs, et de ne se couvrir jamais en aucune autre occasion, il faut remonter à l'origine de cette distmction.

Anciennement tout le monde étoit couvert devant nos rois à l'ordinaire de la vie, et dans les cérémonies par conséquent, et quand autour du Roi quelqu'un avaloit' son chaperon, les plus près du Roi lui faisoient place, parce

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