Î00 MORT, FORTUNE ET FAMILLE
attaché au cardinal Mazarin, et commandoit sa comiMignie de chevau-légers, car il avoit en petit une' maison militaire comme le Roi. Navailles étoit homme de qualité de Gascogne, de ces gens de Tancienne roche, pleins d'honneur, de valeur et de fidélité à toute épreuve, comme il le montra bien au cardinal Mazarin dans les temps les plus critiques de sa vie. C'étoit lui qui avoit le secret de ses retraites, de ses adresses, de ses chiffres, dans tous ses deux éloignements, et qui avec grand péril demeura dans son attachement à visage découvert, que rien ne pat (ébranler, et le canal le plus sûr du cardinal. Cette conduite, qui, quelque décrié que fût le cardinal, lui fit beaucoup d'honneur, lui valut aussi la confiance entière et toute la faveur du cardinal et de la Reine, auprès de qui il Tavoit toujours laissé dans ses retraites. Il aima mieux que son père, qui n'avoit jamais vu la cour, fût duc à brevet que lui. Il le fut après sa mort, et par degrés il devint capitaine des gens d'armes de la garde, gouverneur de Bapaume, puis du Havre-de-Grâce, et de la Rochelle et pays d'Aunis, capitaine général, général de Tarmée d*Italie et en Catalogne, avec succès, ambassadeur plénipotentiaire vers les princes d'Italie, chevalier de Tordre, 1661, enfin maréchal en 1675. Il servit beaucoup sous Monsieur le Prince, qui Testimoit fort, et il mourut gouverneur de M. le duc de Chartres, 5 février 1685, n'y ayant pas été deux ans, et n'en ayant que soixante-cinq. C'étoit.un grand homme, maigre, jaune, poli, qui ne laissoit pas d'avoir des dits et des naïvetés étranges, et qui étoit ignorant. Il fut un jour étrangement rabroué par Monsieur le Prince, qui étoit fort en peine, en Flandres, du cours exact d'un ruisseau que ses cartes ne marquoient point, à qui, pour y suppléer, il alla chercher une mappemonde. Une autre fois, étant allé voir M. Colbert à Sceaux, qui le promena partout, il ne loua jamais que la chicorée de son potager, et lorsqu'à roccasion des huguenots on parloit delà difficulté de changer de religion, il assura que si Dieu lui avoit fait la grâce de le faire naître Turc, il le seroit demeuré.
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Cét^ît un homme fort propre à inspirer la vertu et la piété par son exemple, mais qui ne Tétoit à être gouverneur de M. de Chartres que par sa décoration, qui flattoit extrêmement Monsieur.
M"* de Navailies, depuis son mariage en 4651, étoit souvent en Guyenne. La maréchale de Guébriant, nommée dame d'honneur de la Reine à son mariage, étant morte en allant joindre la cour à Bordeaux, Ifl"* de Navailies, qui étoit dans ses terres, fut mise en sa place, où personne ne convenoit plus qu'elle au cardinal Mazarin et à la Reine mère. C'éioit une femme d'esprit, et qui avoit conservé beaucoup de monde malgré ses longs séjours en province, et d'autant de vertu que son mari. La Reine eut des filles d'honneur, et les filles d'honneur avec leur gouvernante et sous-gouvernante sont dans l'entière dépendance de la dame d'honneur. Le Roi étoit jeune et galant : tant qu'il n'en voulut point à la chambre des filles, M"* de Navailies ne s'en mit pas en peine; mais elle avoit l'œil ouvert sur ce qui la regardoit : elle s'aperçut que le Roi commençoit à s'amuser, etbicntôtaprèselle apprit qu'on avoit secrètement percé une porte dans leur chambre, qui donnoit sur un petit degré par lequel le Roi y montoit la nuit, et que le jour cette porte étoit cachée par le dossier d'un lit. Elle tint sur cela conseil avec son mari : ils mirent la vertu et l'honneur d'un côté, la colère du Roi, la disgrâce, le dépouillement, l'exil de l'autre; ils ne balancèrent pas. M"* de iNavailles prit si bien son temps, pendant le jeu et le souper de la Reine, que la porte fut exactement murée, et qu'il n'y parut pas. La nuit, le Roi, pensant entrer par ce petit de^q-é, fut bien étonné de ne trouver plus de porte. Il tàte, il cherche, il ne comprend pas comment il s'est mépris, et découvre enfin qu'elle est devenue muraille. La colère le saisit; il ne doute point que ce ne soit un trait de M"" de Navailies, et qu'elle ne l'a pas fait sans la participation de son mari. Du dernier, il ne put l'éclaircir que par la connoissance qu'il avoit d'eux; mais pour la porte, il s'en informa si bien qu'il sut positivement que