‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 198 sur 333 · CARDINAUX FRANÇOIS A ROME · texte numérisé non relu

CARDINAUX FRANÇOIS A ROME

des papes. Encore ne TeuMl pas d*aller au premier conclave, qui arriva depuis qu'il fut cardinal, et fut obligé de demeurer à Grenoble. Le cardinal Bonzi, tout à fait tombé de tête et de santé, ne fut pas en état d*y penser; et le cardinal de Furstemberg, sucé jusqu'aux moelles par sa nièce, et qui étoit revenu très-précipitamment du dernier conclave, dans la peur d'être enlevé une seconde fois par les Impériaux, eut permission de demeurer. On avoit affaire de lui à la cour, et de ne le pas séparer de cette nièce qui le gouvernoit, qui n'auroit pu le suivre à Rome avec bienséance. M"* de Soubise avoit ses raisons pour les laisser ensemble, et ne les laisser pas écarter.

Le nonce Delphini fut relevé ici par Gualterio, vice-légat d'Avignon, que le Roi préféra dans une liste de cinq sujets que le Pape lui proposa. C'qst un usage, tourné en espèce de droit, que l'Empereur et le Roi ont ainsi le choix des nonces que Rome leur envoie; je pense que le Roi d'Espagne l'a aussi. Gualterio, homme de beaucoup d'esprit, s'étoit gouverné dans sa vice-légation de manière à se rendre agréable au Roi, dans la vue de cette nonciature, dont on ne sort point qu'avec le chapeau. Mailly, archevêque d'Arles, qui, tout éloigné qu'il étoit de la pourpre, y pensoit dès avant d'être évoque, comme je crois l'avoir dit, avoit profité de la position d'Arles pour lier des commerces sourds à Rome et amitié avec ce vice-légat. Les mêmes raisons lui firent désirer de la liaison entre lui et moi depuis qu'il fut déclaré nonce. Elle se fit, et se tourna depuis en véritable estime et amitié de part et d'autre, qui se retrouvera en plus d'un endroit dans la suite : c'est ce qui m'a fait étendre sur sa nomination.

La vieille Tambonneau, tante maternelle de M. de Noailles, mourut. J'en ai suffisamment parlé à l'occasion de la mort de la mère de M. de Noailles. J'ajouterai qu*en ses dernières années elle s'étoit retirée aux Enfants-Trouvés, et que là môme elle fut suivie par ses amis, et visitée de la meilleure compagnie de la cour et de la ville, qui avoit accoutumé de lavoir chez elle. Elle avoit plus de

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quatre-vingts ans; elle n'avoit jamais fait grand cas de son mari ni de son fils l'ambassadeur en Suisse : elle ne Tappeloit jamais que Michaut; il ne la voyoit guère que les matins, ni sa femme non plus, qui étoit une autre intrigante, qui ne valoit pas sa belle-mère et qui auroit voulu l'imiter : la bonne femme ne vouloit point mêler ce bagage-là avec la bonne compagnie dont sa maison étoit toujours remplie.

M"* de Navailles mourut le même jour, 44 février : son nom étoit Baudean, et son père s'appeloit le comte de Neuillant, étoit gouverneur de Niort et frère cadet de M. de Parabère, chevalier de l'ordre en 4633, et gouverneur de Poitou. Il laissa sa femme veuve assez longtemps, qui s'appcloit Tiraqueau, et qui étoit Tavarice même. Je ne puis dire par quelle raison, ou hasard. M"* de Maintenon, revenant, jeune et pauvre fille, d'Amérique, où elle avoit perdu père et mère, tomba en débarquant à la Rochelle chez M"* de Neuillant, qui demeuroit en Poitou. tUe ne put se résoudre à lui donner du pain sans en tirer quelque service; elle la chargea donc de la clef de son grenier, pour donner le foin et l'avoine par compte et l'aller voir manger à ses chevaux. Ce fut elle qui la mena à Paris, et qui, pour s'en défaire, la maria à Scarron. Elle retourna chez elle en Poitou. Son fils unique fut tué, sans alliance, à la bataille de Lens. M"' de Navailles étoit sa fille aînée, et la cadette épousa le comte de Froulay, grand maréchal des logis de la maison du Roi en 4650, quatorze ans après ce mariage, chevalier de l'ordre en 1661, et mort à soixante-dix ans, en 4671, et elle en 4678. M. de Froulay, ambassadeur à Venise, l'évêque du Mans, le bailly de Froulay sont pelits-fils de ce mariage, et cousins issus * germains cadets du comte de Tessé, fils du maréchal de Tessé, pelits-fils des deux frères. Ces deux sœurs éloient filles d honneur de la Reine régente, et l'aînée devoit et a été * en effet lort riche. M. de Navailles s'étoit entièrement

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