MORT DU CHEVALIER DE YILLEROT
Bîron, qui si longtemps depuis a fait une fortune complète en biens et en honneurs, et qui Fa toute sa vie attendue dans la plus dure indigence, perdit un père obscur, • qui après la mort de sa femme, qui étoit Gossé, tante paternelle de la maréchale de YlUeroy, épousa une servante, avec laquelle il acheva de se confiner, et n'en eut point d'enfants.
Le chevalier de Yilleroy se noya dans la capitane ^ de Malte, qui coula à fond en attaquant un bâtiment tare de quatorze pièces de canon. Spinola étoit le général, qui se sauva seul avec le chevalier de Saint-Germain et deux matelots ; tout le reste fut noyé. Ge chevalier de Villeroy étoit beau et bien fait, et n'avoit nulle envie de faire ses caravanes; mais le maréchal de Villeroy, qui ne vouloit qu'un aîné, qui destinoit le second à TÉglise pour en faii;e un archevêque de Lyon, et qui avoit fort gaillardement marié une fille en Portugal, et cloîtré les autres, força ce troisième fils à partir, et eut tout lieu de s*en repentir. J'avois été élevé avec lui et avec Tabbé son frère, qui ne le Yîiloit pas à beaucoup près. Gela fit le raccommodement de la famille, brouillée depuis l'afifaire que j'ai racontée en son temps, qui obligea la princesse d'Harcourt, par ordre du Roi, à demander publiquement gardon à la duchesse de Rohan Ghabot, à Versailles, chez Madame la chancelière, dans laquelle Monsieur le Grand avoit voulu donner le change au Roi sur M"' de Saint-Simon, à qui j'expliquai le fait, dont Monsieur le Grand essuya, pour lui et pour M"" d'Armagnac, une petite réprimande, qui l'outra d'autant plus qu'il étoit fort accoutumé à tout le contraire. M""' d'Armagnac, faute de mieux, s'en prit à elle-même pour piquer son frère, et dégoisa sur sa propre naissance d'une manière fort fâcheuse. Us ne s'étoient pas vus depuis. La réconciliation étoit d'autant plus difficile que le maréchal de Villeroy étoit personnellement ami intime de Monsieur le Grand et du chevalier de Lorraine, et fort
1. La galère capitane était celle qui portait le commandant de la flotte» ^
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aussi de M. de Marsan, et qu'il y mettoit une dose de subordination, fort & leur goût et fort peu de celui de la maréchale. Cette triste occasion fit entremettre des amis communs, pour que, sans parler plus de ce qui s*étoit passé, le maréclial et la maréchale voulussent bien recevoir la visite de Monsieur le Grand et de M** d* Armagnac. Ils se raccommodèrent en effet, et furent aussi bien depuis que jamais; mais pour les belles-sœurs, qui n*eurent en aucun temps que des bienséances réciproques, cela ne les réchauffa pas plus qu'à Tordinaife.
Ils perdirent en ce même temps un fort honnête homme, brave et autrefois beau et bien fait, mais qui n*étoit pas fait pour être leur beau-frère : il s*appeloit M. d*Hauterive; son nom étoit Vignier, comme la mère de M. de Noyon Tonnerre, et ces Vigniers n*avoient aucune naissance. Celui-ci avoit servi avec réputation, et avoît été cornette des chevau-légers de la Reine mère. La sœur du maréchal de Yilleroy, aînée de M"** d* Armagnac, veuve en premières noces du dernier de la maison de Tournon, en secondes du duc de Chaulnes, frère atné de celui qui a été ambassadeur à Rome, etc., et gouverneur de Bretagne, puis de Guyenne, s^amouracha de ce M. d*Hauterive, et répousa publiquement, malgré toute sa famille, qui ne Ta jamais voulu voir depuis. Hauterive se conduisit avec tant d*égards et de respect avec le maréchal de Yilleroy et M. et M** d'Armagnac, qu*au bout de quelque temps ils voulurent bien le voir, et Tout toujours bien traité toute ba vie. Toule sa vie aussi il fut galant, jusque dans sa vieillesse ; il y a lieu de juger qu'il en mourut : il se trouva fort mal après avoir mis une paire de gants, et mourut brusquement, avec des symptômes qui persuadèrent qu'il en avoit été empoisonné. Il étoit mal avec sa femme depuis assez loiiî^tcuips, qui vivoit fort obscure.
Cessé enfm termina ses affaires, et fut reçu duc et paii^ au Parlement, bien servi par la liaison qui étoit entre le maréchal de Yilleroy et le premier président Harlay . Je ne répète rien de cette affaire, que J*ai expliquée à roccasion