‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 203 sur 333 · M"* DK MONTESPAN ACHÈTE OIRON · texte numérisé non relu

M"* DK MONTESPAN ACHÈTE OIRON

de la mort du duc de Brissac, mon beau-frère, frère de la maréchale de Villeroy et cousin germain de celui-ci.

Rome perdit en Casanata un de ses plus illustres cardinaux, par sa piété, par sa doctrine, par le nombre et le choix des livres qu'il ramassa, et par le bien qu'il fit aux lettres. 11 légua sa bibliothèque à la Minerve, à Rome, la rendit publique, et y joignit tout ce qui étoit nécessaire pour Tenlretenir et la rendre utile. Il mourut bibliothécaire de TÉglise, dans la vingt-troisième année de son cardinalat.

M. d'Elbœuf attrapa assez adroitement quatre-vingt mille livres du Roi : il lui proposa de séparer TArtois de son gouvernement de Picardie, et de lui permettre de vendre, et qu'il en trouvoit cent mille écus; le Roi, qui ne voulut ni de celte nouveauté ni du premier venu pour gouverneur d'Artois, qui ne pouvbit être autre puisqu'il en vouloit bien donner cent mille écus, mais qui toute sa vie ayoit eu du foible pour M. d'Elbœuf, crut y gagner que de lui donner cette gratification en le refusant de la vente, et sûrement M. d'Elbœuf n'y perdit pas.

Presque en même temps, le Roi envoya cent mille francs à M"* de Montespan pour lui aider à faire l'acquisition d'Oiron. Ce présent ne fut pas gratuit : M"^ de Montespan étoit déjà dans la pénitence; elle avoit renvoyé au Roi, depuis quelque temps, un parfaitement beau fil de perles qu'elle en avoit eu, et qu'il donna, encore augmenté, à M"** la duchesse de Bourgogne; il étoit alors de vingt et une perles admirables, et valoit cent cinquante mille livres. M" de Montespan, entre autres réparations, s'appliquoit à former du bien à d'Antîn. Elle auroit pu mieux choisir qu'Oiron, beau château et beau parc à la vérité en Poitou, et qui avoit fait la demeure et les délices des ducs de Roannois ; mais cette terre relevoit de celle de Thouars avec une telle dépendance, que toutes les fois qu'il plaisoit au seigneur de Thouars, il mandoit à celui d'Oiron qu'il chasseroit un tel jour dans son voisinage, et qu'il eût à abattre une certaine quantité de toises des murs de son

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