ABBÉ DE SOUBISE
vori; il aimoit et estimoit TOratoire, et aroit toute confiance au P. de la Tour. II étoit dans Tapogée de son crédit, et sur les avancements ecclésiastiques, Testime du Roi et la liaison intime de M** de Maintenon en partageoîent, du moins alors, la confiance entre lui et le P. de la Chaise. Ce dernier ni sa Société n'avoient pas été négligés : M"* de Soubise en savoît trop pour ne mettre pas de son côté un corps aussi puissant et, quand il lui plaît, aussi utile; et le P. de la Chaise et les principaux bonnets, semant toujours pour recueillir, ne demandèrent pas mieux que de servir son fils, qu'ils voyoient en état d'aller rapidement à tout, et de devenir en état de le leur rendre avec usure.
Tout étoit donc pour Tabbé de Soubise, et toutes les avenues de la fortune saisies de toutes parts. Il sortît du séminaire comme il avoit fait de dessus les bancs. De là, une merveille de savoir; d'ici, un miracle de piété et de pureté de mœurs. Oratoire, jésuites, Sorbonne, P. de la Tour, P. de la Chaise, Monsieur de Paris s'écrioient & Tenvi. Ils ravlssoient la mère, et ne plaisoient guère moins au Roi, à qui on avoit grand soin que rien n'échappât des acclamations sur Tabbé de Soubise, dont la douceur, la politesse, l'esprit, les gi'âces, le soin et le talent de se faire aimer, confirmoit de plus en plus une réputation si établie. Les choses, amenées à ce point, parurent en maturité à M""* de Soubise, et la situation du cardinal de BouilloR la hâtoit. Il s'agissoit de pouvoir disposer du cardinal de Furstemberg, qui avoit deux neveux dans le chapifre de Strasbourg, et de lui faire vouloir avec chaleur un coadjuleur, que les prélats n'admettent que bien difficilement, et de plus un coadjuteur étranger.
Furstemberg étoit un homme de médiocre taille, grosset, mais bien pris, avec le plus beau visage du monde, et qui à son âge l'étoit encore, qui parloit fort mal françois, qui, à le voir et à l'entendre à l'ordinaire, paroissoit un butor, et qui, approfondi et mis sur la politique et les affaires, à ce que j'ai ouï dire aux ministres et à bien d'autres de tous pays, passoit la mesure ordinaire de la
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capacité, de la fînesse et de l'industrie. Il a tant fait de bruit en Europe qu'il est inutile de chercher à le faire connoître ; il faut se rabattre à Tétat où il 8*étpit réduit : on pensions du Roi ou en bénéfices, il jouissoit de plus de sept cent mille livres de rente, et il mouroit exactement de faim, sans presque faire aucune dépense ni avoir personne à entretenir. Il faut entrer dans quelque détail de sa famille. Son père servit toute sa vie avec réputation, et commanda les armées impériales avec succès, après avoir commandé l'aile gauche à la bataille de Leipzick. Il mourut en 1635, et laissa nombre d'enfants d'Anne, fille de .1. -Georges comte de Hohenzollern, que l'empereur Ferdinand Il fit prince de l'Empire en 1623. Son fils aîné, mort en 1662, ne laissa qu'une fille, unique héritière de Berg^ op-Zoom par sa mère, et cette fille de Hohenzollern porta Bcrg-op-Zoom en mariage au comte d'Auvergne, etétoitla mère de l'abbé d'Auvergne dont je viens de parler; en sorte que cotto comtesse d'Auvergne étoit fille du frère aîné de la mère du cardinal de Furstemberg, qui se trouvoit ainsi cousin germain de cette comtesse d'Auvergne qui vonoit de mourir, et oncle à la mode de 'Bretagne de l'abbé d'Auvergne, compétiteur de l'abbé de Soubise pour Strasbourg, lequel abbé de Soubise n'avoit ni parenté, ni alliance, ni liaison aucune, par lui ni par aucun de sa famille, avec le cardinal de Furstemberg.
Ce cardinal, qui étant évèque de Metz avoit. succédé à son frère aîné, évèque de Strasbourg, eut un autre frère, que rFmpereiir fit prince de l'Empire, auquel je reviendrai après, et entre autres sœurs Élis., mère du comte de Beiehem, rlianoine de Strasbourg, dans les ordres, à qui le lU)i donna des abbayes, et qui étoit coadjuteur de l'abbaye de Slavelo du cardinal de Furstemberg son oncle? M.-Fr., mariée à un palatin de Neubourg, puis à un marquis de Baden, grand'mère de la feue reine de Sardaigne et de Madame la Duchesse; et A.-M., mariée en 1651 k Ferd.-Cli. comte de Lovestein, père et mère de M"* de Dangeau. Ilerman Egon, comte, puis fait prince de Furs-
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teniberg et de TEnipire, pour lui et ses descendants, en 1654, et ses frères seulement à vie, fut grand maître de la maison de Maximilien, électeur de Bavière, et son premier ministre, ainsi que de Télecteur de Cologne, frère de Maximilien. Il mourut en 1674, et laissa, entre autres enfants, le prince de Furslcmberg, marié à Paris à la fille de Ligny, maître des requêtes, dont il n*eut que trois filles, la laissa et s'en alla en Allemagne, où le roi de Pologne le fit gouverneur général de son éleclorat de Saxe, où il est mort en 1711 ; le comte Ferdinand, mort à Paris, brigadier en 1696, à trente-cinq ans, sans alliance; Emmanuel-Fr. Egon, tué devant Belgrade en 1686, à vingt-cinq ans, sans enfants de Cath.-Ch. comtesse de Wallenwotlz>, veuve de Fr.-Ânt. comte de la Marck, mère du comte de la Mark dont je parlerai bientôt, et qui longues années depuis s'est distingué par ses ambassades dans le Nord et en Espagne, et est devenu chevalier de Tordre en 1724, et grand d'Espagne en 1739. M"' de Dangeau avoit un frère abbé de Murbach, que le cardinal de Furstemberg, frère de sa mère, lui avoit cédée *, qu'on appeloit le P. de Murbach, qui étoit aussi chanoine de Strasbourg, et qui, après que nous eûmes perdu Tournay, en a été évêque, tellement que le cardinal de Furstemberg avoit les fils de ses deux sœurs et le petit-fils du frère de sa mère, qui étoit Tabbé d'Auvergne, chanoines de Strasbourg, et fort en état d'être coadjuteurs ou successeurs de Févêché.
On prétendolt que le cardinal de Furstemberg, fort amoureux de cette comtesse de la Marck, la fit épouser à son neveu, qui avoit lors vingt-deux ou vingt-trois ans au plus, pour la voir plus commodément à ce titre. On prétend encore qu'il avoit été bien traité; et il est vrai que rien n'étoit si frappant que la ressemblance , trait pour trait, du comte de la Marck au cardinal de Furstemberg, qui, s'il n'étoit pas son fils, ne lui étoit rien du tout. Il étoit
1. Telle est l'orthographe de Saint-Simon. No faut-U pas lire Wsllenroii ?