SES PROGRÈS
bêle, plus obscur avec beaucoup moins de monde, et fort jeune, ne pouvoit suppléer à rien, et le cardinal, par sa conduite, approfondissoit de plus en plus sa disgrâce.
Au contraire, tout rioit à Tabbé de Soubise, dont Texterieur montroit qu'il étoit le fils des plus tendres amours. Il se distingua sur les bancs de Sorbonne, et bien instruit et bien aidé par son habile mère, il se dévoua toute cette célèbre école par ses manières. On lui crut assez de fond pour hasarder de le faire prieur de Sorbonne, place passagère, qui oblige à quantité d'actes publics dont il est très-difficile de se tirer par le seul secours d'autrui. Il y brilla, et par le soin qu'il avoit eu de se gagner la Sorbonne, les éloges allèrent encore fort au-delà du mérite. Il y en eut beaucoup du Roi dans ses discours publics, qui ne lui déplurent pas, et il sortit de cet emploi avec une réputation extraordinaire, que son talent de se faire aimer lui acquit pour la plus grande partie. A ces applaudissements de capacité, M"' de Soubise y en voulut joindre d'autres encore plus importants, et pour cela elle le mit à Saint- Magloire, séminaire alors autant à la mode qu'il y a été peu depuis. Il étoit conduit par ce que les Pères de l'Oratoire avoient de meilleur dans leur congrégation, alors solidement brillante en savoir et en piété. La Tour, leur général, étoit dans la première considération, que ses sermons, sa direction, sa capacité, la sagesse de sa conduite, etl'artde gouverner, qu'il possédoit éminemment, lui avoient acquise, et qui, jointe à sa probité, rendoient* son témoignage d'un grand poids. Dès l'arrivée de Monsieur de Paris dans ce grand siège. M"* de Soubise lui avoit fait sa cour : elle avoit toujours fort ménagé les Noailles, ennemis nés des Bouillons, avec qui ils avoient des procès immortels et piquants pour la mouvance de leurs principales terres de la vicomte de Turenne, où ces derniers avoient prodigué leurs hauteurs. Monsieur de Paris avoit une attention particulière sur Saint-Magioire : c'étoit son séminaire fa-
1. Jointe^ au singulier, reudoient^ au pluriel, tel est bien le texte du manuscrit.