Il y a per. oit au manuscrit
3ii COADJUTORERIE DE STRASBOURG. [1700]
pour avoir de quoi se divertir à Paris le reste de Tannée,, lorsque M""* de Soubise songea tout de bon à la coadjutorcrie pour son fils.
Elle avoit rapproché de loin la comtesse, et je n'ai pas vu que personne se soit inscrit en faux, ni même récrié contre ce qui se débita d'abord à Toreille, et qui fit après grand fracas, qu'eUe avoit donné beaucoup d'argent & la comtesse pour s*assurer d'elle, et par elle du cardinal. Ce qui est certain, c'est qu'outre les prodigieuses pensions que le cardinal tiroit du Roi, toujours fort bien payées, il toucha en ce temps-ci une gratification de quarante mille écus, qu'on fit passer pour promise depuis longtemps. M"* de Soubise, s'ctant assurée de la sorte de la comtesse et du cardinal, scella son affaire, et les faisant remercier par le Roi à l'oreille, et tout de suite, fait envoyer ordre au cardinal de Bouillon de demander au Pape, au nom du Roi, une bulle pour faire assembler le chapitre de Strasbourg pour élire un coadjuteur avec future succession, et un bref d'éligibilité pour l'abbé de Soubise.
Cet ordre fut un coup de foudre pour le cardinal de Bouillon, qui ne s'attendoit à rien moins. Il ne put soutenir de se voir échapper cette magnifique proie, qu'il croyoit déjà tenir par tant d'endroits. 11 lui fut encore plus insupportable d'en être le ministre. Le dépit le transporte, et l'aveugle assez pour s'imaginer qu'en la situation si différente où M"* de Soubise et lui sont auprès du Roi, il lui fera changer une résolution arrêtée et rompre rengagement qu'il a pris. Il dépêche au Roi un courrier, lui mande qu il n'y a pas bien pensé, lui met en avant des scrupules, comme s'il eût été un grand homme de bien, et par ce môme courrier écrit aux chanoines de Strasbourg une lettre circulaire pleine de fiel, d'esprit et de compliments. 11 leur mandoit que le cardinal de Furstcniberg étoit aussi en état de résider que jamais (c'étoit à dire qu'il n'y avoit jamais résidé et qu'on s'en passeroit bien encore), que l'abbé de Soubise étoit si jeune qu'il y avoit de la témérité à s'y fier, et qu'un homme
iqu'on mettoit en état sitôt de n'avoir plus à craindre ni à espérer se gâtoit bien vite, et il leur faisoit entendre, comme il avoit fait au Roi, que le cardinal de Furstemberg, gouverné comme il Tétoit par sa nièce, n*étoit gagné au préjudice de ses neveux que par le gros argent qu'elle avoit touché de M"* de Soubise. Il est vrai qu'il envoya ces lettres à son frère le comte d'Auvergne, pour ne les faire rendre qu'avec la permission du Roi. Ce n'étoit pas qu'il pût l'espérer, mais pour le leurrer de cet hommage, et cependant en faire glisser assez pour que l'effet n'en fût pas perdu, et protester après qu'il ne savoit pas comment dies étoient échappées. Ces lettres firent un fracas épouvantable.
J'élois chez le Roi le mardi 30 mars, lorsqu'à la fin du souper je vis arriver M"' de Soubise, menant la comtesse de Furstemberg, et se poster toutes deux à la porte du cabinet du Roi. Ce n'étoit pas qu'elle n'eût bien le crédit d'entrer dedans si eUe eût voulu, et d'y faire entrer la comtesse ; mais comme l'éclat étoit public, et qu'on ne parloit d'autres choses que du marché pécuniaire et des lettres du cardinal de Bouillon, elles voulurent aussi un éclat de leur part. Je m'en doutai dès que je les vis , ainsi que bien d'autres, et je m'approchai aussitôt pour <'nlcndrc la scène. M"' de Soubise avoit l'air tout bouffi, oi la comtesse, de son naturel emportée, paroissoit furiousc. Comme le Roi passa, elles l'arrêtèrent : M"* de Soubise dit deux mots d'un ton assez bas, puis la comlesso, haussant le sien, demanda justice de l'audace du cardinal de Bouillon, dont l'orgueil et l'ambition, non ron tente de résister à ses ordres, la déshonoroit elle et le cardinal son confrère, qui avoit si utilement servi le Roi, par les calomnies les plus atroces, et qui n'épargnoit pas M"* de Soubise eUe-môme. Le Roi l'écouta, <'l lui répondit avec autant de-grâces et de politesse pour <'11(', i\\Ht d'aigreur qu'il ne ménagea pas sur le cardinal de Bouillon, l'assura qu'elle seroit contente, et passa.
Ces dames s'en allèrent, mais ce ne fut pas sans mon-
310 DISCniCE DU CARDINAL DE BOUILLOW. [4700]
trcr une colère ardente et qui est en espérance de se venger. M** de Soubise étoit d'autant plus piquée, que le cardinal de Bouillon apprenoit au Roi un noianége et des simonies que sûrement il ignoroit, et qui Fauroient empêché de consentir à cette affaire, s*il s'en fût douté, bien loin de la protéger. Elle craignoit donc des retours de scrupules, et qu ils ne se portassent à éclairer de trop près les marchés qu'elle avoit mis en mouyement à Strasbourg pour Télection. Les mêmes Gamilly et la Bâtie, quiTavoient si lestement servie pour faire passer son fils chanoine avec cet orde* quartier* de la Varenne, fut ' encore ceux qu'elle employa pour emporter la coadjutorerie. Ni l'un ni l'autre n'étoient scrupuleux: Camilly avoit déjà eu une bonne abbaye du premier service, il espéroit bien un évêché du second ; il n*y ftit pas trompé; et la Bâtie de placer ^ un nombre d*enfants utilement et honorablement, comme il arriva.
Pendant qu'ils préparoient les matières à Strasbourg, le cardinal de Bouillon se conduisoit à Rome par sauts et | par bonds, mit tous les obstacles qu'il put aux bulles que l(î Roi demandoit, et lui écrivit une seconde lettre làdessus, plus folle encore que la première. Elle mît le comble à la mesure. Pour réponse, il reçut ordre par un courrier de partir de Rome sur-le-champ, et de se rendre droit à Cluni ou à Tournus, à son choix, jusqu*à nouvel ordre. Le commandement de revenio parut si cruel an cardinal de Bouillon, qu'il ne put se résoudre à obéir: il étoit sous-doyen du sacré collège; Cibo, doyen, décrépit, ne sortoit plus de son lit; pour être doyen, il hxA Otre à Rome lorsque le décanat vaque, et opter soi-même les évêchés unis d'Ostie et de Velletri au consistoire affectés au doyen, ou, comme quelques-uns ont faits, opter le décanat en retenant l'évêché qu'ils avoient déjà. Le cardinal do Bouillon manda donc au Roi, parmi force