‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 225 sur 333 · RUSES ET DÉSOBÉISSANCE · texte numérisé non relu

RUSES ET DÉSOBÉISSANCE

étoit; il lui falloit de tels pions pour jeter en avant : il se trouva son espion, son agent, son correspondant dans toute sa conduite à Rome, et d*un coup de pied il fut chassé.

Malgré tant de revers, le cardinal de Bouillon persévéra dans sa résolution de ne pas perdre le décanat. Il amusa le Roi tant qu'il put d'une obéissance d*un ordinaire à Tautre, dès qu'il auroit son bref. N'en pouvant cacher le refus, il fit semblant de partir, et alla jusqu'à Gaprarole, où il s'arrêta, fit le malade, et dépêcha un courrier au P. de la Chaise, pour le prier de rendre au Roi une lettre par laquelle il lui demandoit la permission de demeurer à Rome, sans voir personne, jusqu'à la mort da cardinal Cibo, lui remontroit la prétendue importance que le décanat n'échappât pas aux François, et ajontoit qu'il attendroit ses ordres à Gaprarole, qui est une magnifique maison du duc de Parme, à huit lieues de Rome, à faire des remèdes dont sa santé avoit, disoit-il, grand besoin. 11 avoit pris le parti de s'adresser au P. de la Chaise, parce que M. de Torcy lui avoit enfin mandé que le Roi lui avoit défendu d'ouvrir aucune de ses lettres, ni de lui en rendre aucunes^ de lui. Les jésuites lui étoient de tout temps entièrement dévoués; et il espéra de la voie' touchante et accréditée du confesseur; mais il trouva cette porte aussi fermée que celle de M. de Torcy, et le P. de la Chaise lui manda qu'il avoit reçu les mêmes défenses. Il avoit offert en môme ' temps la démission de son canonicat de Strasbourg : comme ou n en avoit aucun besoin, elle fut refusée, et un nouvel ordre d'obéir et de partir sur-le-champ lui fut renvoyé par un nouveau courrier.

Tous ces divers prétextes, les courriers du cardinal de Bouillon chargés de faire peu de diligence, ceux du Roi retenus par le cardinal le plus qu'il pouvoit, tirèrent tant de long qu'il parvint à atteindre ce qu'il desiroit : le'car-

1. Saint-Simon a écrit ainsi, dans la même phrase, muewte^ au iiiigulier, puis aucunety au pluriel.

Page 1