NOAILLES FAIT CARDINAL
reur, et le cardinal Borgia pour l'Espagne. Le courrier du Pape ne fit pas diligence , tellement que ce ne fut que le i" juillet qu'au retour de sa promenade de Marly, le Roi trouva le nouveau cardinal, qui Tattendoit à Versailles dans son appartement, qui lui présenta sa calotte. Le Roi la lui mit sur la tête avec force gracieusetés.
Cette promotion fut une cuisante douleur pour le cardinal de Bouillon, de voir un Noailles paré comme lui delà pourpre, et un de ceux qui étoit ^ en lice contre Monsieur de Cambray, et qui Tavoit vaincu. 11 venoit d'éprouver un coup de fouet plus personnel, mais qui lui fut peut-être moins sensible.
L*abbé de Vaubrun avoit été exilé à Serrant, en Anjou, chez son grand-père maternel. Il étoit frère de la duchesse d'histrées, et fils unique de Vaubrun, tué lieutenant général à cette belle et mémorable retraite que fit M. de Lorges devant les Impériaux, après la mort de M. de Turenne. Il avoit pris le petit collet pour se cacher. Il éloit tout à fait nain, en avoit la laideur et la grosse tête, vi il s'en falloitpourle moins un pied que ses courtes jambes tortues ne fussent égales ; avec cela beaucoup d'esprit, et de la lecture, mais un esprit dangereux, tout tourné à la tracasserie et à Tintrigue ; il étoit accusé avec cela de lavoir fort mauvais, d'être peu sûr dans le commerce, et de se livrer à tout pour être de quelque chose. Sa figure ne l'empêchoit pas d'attaquer les dames ni d'en espérer les faveurs, et de se fourrer comme que ce fût partout où il pouvoit trouver entrée. Ennuyé de l'obscurité où il languissoit, il obtint par MM. d'Estrées l'agrément de la charge de lecteur du Roi, que le baron de Breteuil lui vendit quand il acheta celle d'introducteur des ambassadeurs, après la mort de Bonneuil; et ce vilain et dangereux escargot se produisit à la cour, et chercha à s'y accrocher : il fit une cour basse aux Bouillons, il fut admis chez eux. Le cardinal de Bouillon le reconnut bientôt pour ce qu'il
1. Êtoit^ et à la ligne suivante, apoit, sont bien au singulier dans le manuscrit.