ASSEMBLÉE DU CLERGÉ
évêques, et de six du second ordre, à la tète desquels fut Monsieur de Meaux, pour examiner plusieurs livres, la plupart d'auteurs jésuites, sur la morale, qui fut accusée d'être fort relâchée. Monsieur d'Auch ouvrit cet avis, qui passa à la pluralité de dix provinces contre six. Il s'éleva une dispute dans ce bureau entre le premier et le second ordre, qui y prétendoit la voix délibérative; le premier ne lui voulut reconnoltre que la consultative, parce qu'il s'agissoit, non d'affaires temporelles, mais de doctrine, et après quelques débats assez forts, cela passa ainsi en faveur du premier ordre ; et la fin de cette affaire fut la condamnation de cent vingt propositions, extraites de ces livres par l'assemblée, ensuite du beau rapport que lui en fit Monsieur de Meaux.
Cette assemblée se tint à Saint-Germain, quoique le roi d'Angleterre occupât le château. Monsieur de Reims y tenoit une grande table, et avoit du vin de Champagne qu'on vanta fort. Le roi d'Angleterre, qui n'en buvoit guère d'autres, en entendit parler, et en envoya demander à rarchevèque, qui lui en envoya six bouteilles. Quelque temps après, le roi d'Angleterre, qui l'en avoit remercié, et qui avoit trouvé ce vin fcrt bon, l'envoya prier de lui en envoyer encore. L'archevêque, plus avare encore de son vin que de son argent, lui manda tout net que son vin n'étoit point fou et ne couroit point les rues, et ne lui eii envoya point. Quelque accoutumé qu'on fût aux brusqueries de l'archevêque, celle-ci parut si étrange qu'il en fut beaucoup parlé; mais il n'en fut autre chose.
Les disputes de la Chine commençoient à faire du bruit sur les cérémonies de Confucius et des ancêtres, etc., que les jésuites permettoient à leurs néophytes et que les Missions étrangères défendoient aux leurs : les premiers les soutenoient purement civiles, les autres qu'elles étoient superstitieuses et idolâtriques. Ce procès entre eux a eu de si terribles suites qu'on en a écrit des mémoires fort étendus, et des questions et des faits, et on en a des histoires entières. Je me contenterai donc de dire ici que les
336 JÉSCITES CONDAMNÉS SUR LA CHmB. ||1700]
livres que les Pères Tellier et le Comte avoient publiés sur cette matière furent déférés à la Sorbonne par les Hisnoni étrangères, et qu'après un long et mûr examen, ils forent fortement condamnés, tellement que le Roi, alarmé que la conscience de M"* la duchesse de Bourgogne fût entre les mains du P. le Comte, qu'elle goûtoit fort et la cour aussi, il^ le lui ôta; et pour un salve-l'honneur*, les jésuites renvoyèrent à Rome, et publièrent que de là, après s'être justifié, il retourneroit à la Chine. La vérité fat qa*il alla à Rome, mais qu'il ne s'y justifia ni ne retourna aux missions. On fit essayer plusieurs jésuites à M"* la duchesse de Bourgogne, qui auroit bien voulu ne se confesser à pas un. Elle avoit eu à Turin, la seule cour catholique qu'ils ne gouvernent pas, et qui se tient en gardé contre eux et les tient bas, un confesseur qui étoit bamabite, et un fort saint homme et fort éclairé. Elle eût bien voulu pouvoir choisir dans le même ordre, mais le Roi voulut on jésuite, et après en avoir essayé plusieurs, elle 8*en tint an P. de la Rue, si connu par ses sermons et par d'autres endroits.
Cette affaire mortifia cruellement les jésuites, d'autant plus que cette même affaire leur bàtoit mal à Rome, et remplit le P. Tellier d'une rage qui devint bien funeste dans la suite. Les jésuites, ainsi pinces sur leur morale d'Europe et d'Asie, s'en revanchèrent, eii attendant d'autres conjonctures, sur le temporel, et firent si bien par le Roi auprès de l'assemblée, qu'ils furent pour toujours affranchis des taxes et des impositions du clergé. Ils alléguèrent la pauvreté de leurs maisons professes et les besoins de leurs collèges : ils ne parloient pas de leurs ressources. Le Roi témoigna désirer qu'il ne iùt rien imposé sur eux pour ce que le clergé lui paye, et l'assemblée, qoi les avoit malmenés d'ailleurs, ne voulut pas, en résistant là-dessus, témoigner de passion contre eux. Les Jésuites firent une protestation contre la censure de la Sorbonne,