‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 229 sur 333 · PELLETIER ?A VISITER LES PLACES ET PORTS · texte numérisé non relu

PELLETIER ?A VISITER LES PLACES ET PORTS

laquelle publia une réponse fort yîYe à la protestation, dç manière que les esprits de part et d'autres demeurèrent fort aigres.

Pelletier, conseiller d'État, qui avoit étélongtemps intendant de Flandres, et qui y avoit été fort connu du Roi, parce qu'il y avojt eu nécessairement la confiance et la commission de beaucoup de dispositions pour les conquêtes de ce pays-là, avoit eu, à la mort de Lonvois, rintendance des fortifications de toutes les places, ce qui liii donnoit toutes les semâmes un travail têtQ à tète avec le Roi. Cela ne laissoit pas d'être plaisant d'un homme de robe, de décider de l'importance d^ places, du choix de leurs ouvrages, du mérite même militaire et de la fortnne du corps des ingénieurs, tandis que Yauban avoit acquis en ce genre la première réputation de l'Europe, et que le Roi n'ignoroît pas que ce ne fût à lui qu'il ne dût tous les succès de tous les sièges qu'il avoit faits en personne et de la plupart de ceux qu il avoit fait faire, et qu'il eût pour lui Testime et l'amitié qu'il méritoit Cétoit aussi rhomme entre tous à choisir pour l'envoyer visiter toutes les places et les ports de l'Océan, qu'on vouloit mettre en état de ne rien craindre; mais c'étoit le règne de la robe pour tout, et ce fut Pelletier qui fut chargé de cette commission.

M. de Vendôme prit une autre fois congé puMiquement du Roi et des princes et princesses, pour s*aller remettre entre les mains des chirurgiens. U reconnut enfin qu'il avoit été manqué, que son traitement seroit long, et il s'en alla à Anet travailler au recouvrement de sa santé, qui ne lui réussit pas mieux que la première fois; mais il rapporta, celle-ci, un visage sur lequel son état demeura encore plus empreint que la première fois.

M** d'Uzès, fille unique du prince de Monaco, mourut de ce mal : c'étoit une femme de mérite et fort vertueuse, peu heureuse et qui méritoit un meilleur sort. Son mari étoit un homme obscur, qui ne voyoit personne que des gueuses, et qui s'en tira mieux qu'elle, qui lût fort plainte

Salst-Simon u. tt

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et regrettée. Ses enfants périrent du même mal, et elle n'en laissa point.

M"' du Mairie fit un mariage de la faim et de la soif; ce fut celui de M"' de Lussanr fille de Lussan, chevalier de rordre,(^qui étoit à Monsieur le Prince) et de la dame d^honneur de Madame la Princesse,*atec le duc d^Âlbemarle, bâtard du roi d*Àngleterre et d'une comédienne. U étoit chef d'escadre et n'avoit rien vaillant; M"* de Lussan» quoique unique, n'avoit guère davantage. M"* du Mainer ' qui s'en étoit coiffée, fit accroire au bâtard qu'il en étoit amoureux, et que, par le crédit de M. du Maine, il auroit tout à souhait en l'épousant. G'étoit bien l'homme le plus stupide qui se pût trouver. Il se maria donc sur ces belles espérances, logé et nourri chez M. du Maine, où il fila le parfait amour. Elle fut assise comme duchesse du roi d'Angleterre, que le Roi traitoit bien en tout, car d'ailleurs les ducs et les duchesses d'Angleterre n^ont point de rang en France.

Le Roi, dont le goût croissoit chaque jour pour Ghamillart, lui fit une grâce que Pontchartrain ni aucun autre contrôleur général n'avoit osé espérer : ce fut de faire entrer M"* Chamillart dans les carrosses de M** la duchesse de Bourgogne et manger avec elle. Sa fille eut le même honneur, sous prétexte de la charge de grand maître des cérémonies qu'avoit eue son mari; et par là la porte de Marly leur fut ouverte et de tous les agréments de la cour. La vérité est que, dès que les fenmies des secrétaires d'État y étoient parvenues, celles des contrôleurs généraux pouvoient bien valoir autant.

Le Roi fit presque en même temps ce qu*il n*a pas fidt cinq ou six fois dans sa vie. Le chapitre de Chartres, tout à fait indépendant de son évêque, avoit toute l'autorité dans la cathédrale, où Tévêque ne pouvoit officier sans sa permission que très-peu de jours marqués dans l'année, ni jamais y dire la messe basse. 11 avoit un grand territoire, où étoient un grand nombre de paroisses, qui lui faisoit un petit diocèse à part, où l'évêque ne pouvoit rien, et quao^

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tité d^autres droits fort étranges, directement contraires à toute hiérarchie. Godet des Marais, évèque de Chartres, et qui en faisoit très-assidûment et très-religieusement tous les devoirs, se trouvoit barré en mille choses. Dans la position intime où il se trouvoit avec le Roi et M** de Mainteoon, il essaya de faire entepdre raison à son chapitre sur des droits si abusifs, sans Favoir pu induire à entendre à aucune sorte de modération; il espéra de sa patience, et de temps en temps revint à la charge, et toujours sans aucun succès. Lassé enfin, il crut devoir user; pour le rétablissement d'un meilleur ordre, de la coi^oncture où il étoit : il attaqua son chapitre en justice, où li sentoit bien qu*il ne réussiroit pas, mais le procès engagé, il le fit évoquer pour être jugé par le Roi lui-même.

Un bureau de conseillers d'Etat, avec un maître des requêtes rapporteur, travailla contradictoirement sur cette affaire, et lorsqu'elle fut instruite, ce bureau entra au conseil des dépêches, où le rapporteur la rapporta. L'usurpation étoit si ancienne, si confirmée par les papes, par las rois, par un usage non interrompu, que tous ceux qfd iHoient à ce conseil, convenant de la difformité de ^u8ll^* pation et du désordre, furent pourtant d'avis de maintenir It; chapitre en tout. Le Roi leur laissa tout dire tant qa*Qi voulurent, sans montrer ni impatience ni penchant Toat le monde ayant achevé d'opiner : « Mesaienrs, leur diMli j'ai très-bien entendu l'affaire et vos opinions à tOQS« nuds votre avis n^est pas le mien, et je trouve la religion,- la raison, le bon ordre et la hiérareUe si blessés par lit usurpations du chapitre, que je me servirai en cette occasion, contre ma constante coutume, de mon droit de décision, et je prononce en tout et partout en faveur de l'évè^ que de Chartres. » L'étonnement fut général; tous se regardèrent; Monsieur le chancelier, qui n*aimoit pai* Monsieur de Chartres, fort sulpicien, fit quelques représentations. Le Roi l'écouta, puis lui dit qu'il persistolt, le chargea de dresser l'arrêt conformément aux conduslons de Monsieur de Chartres, et lui ordonna de plut de lui

MO MONSIEUR DE REIMS CÈDE Là PRÉSIDENCE [1700]

apporter Farrêt le lendemain, qui.fut une défiance qui dut peiner le chancelier.

Malgré une volonté si rare et si marquée, le chancdier, ou piqué, ou plein du droit du chapitre, on craignant qu'en certaines affaires le Roi s'accoutum&t à Texercicede ce droit, osa adoucir Tarrêt en faveur du chapitre. Le Roi écouta encore ses raisons, puis raya lui-même Tarrèt, et se le fit apporter le lendemain tel en tout quMI Tavoit ordonné. Ce fut un grand dépit au chancelier, qui ne le put cacher à Tévêque de Chartres lorsqu'il Talla voir. Ce prélat, qui, avec les défauts d'un homme nourri et pétri de Saint-Sulpice, étoit un grand et saint évèque, se contenta d'avoir vaincu et remis les choses dans Tordre naturel et dans la règle, sans user de son arrêt après Tavoir fait signifier, et ne songea qu'à regagner l'amitié de son chapitre, dont cette modération, et l'estime qu'il ne pouvoit lui refuser, facilita fort le retour. Ce prélat étoit fort loin d'être janséniste ni quiétiste, comme on a vu, mais d*aatre part il n'aimoit point les jésuites, les tenoit de court et bas, et partageoit fort avec le P. de la Chaise la distribution dès bénéfices, sans en prendre pour soi ni pour les siens. Malheureusement, comme je l'aT dit ailleurs, ses choix ne furent pas bons : il infesta l'épiscopat d'ignorants entêtés, ultram on tains, barbes sa!es de Saint-Sulpice, et de tous gens de bas lieu et de *■ plus petit génie, ce qui n'a été que trop suivi depuis.

L'archevêque de Reims, ravi de présider à rassemblée du clergé, lors fort bien composée, y brilla par sa doctrine, par sa capacité, par sa dépense. 11 étoit fort bien avec le Roi, et fort soutenu de Barbezieux, son neveu, qui tîroit de sa place une grande autorité. Dans les commencements, le prélat contraignit son naturel brutal, comme sont tous ceux de sa famille, et plus que qui ce soit les bourgeois porphyrogénètes*, c'est-à-dire nés dans toute la considèra-

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