‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 239 sur 333 · PAIX DU NORD EN PARTIE · texte numérisé non relu

PAIX DU NORD EN PARTIE

sujet de cette audience, dont il parut sortir fort content. Ce secret fut une chose tout à fait hors d'usage, ainsi que ce tôte-à-tête sans le ministre des afifaires étrangères. En même temps de cette levée de l'Empereur et de cette déclaration en Espagne, le Roi signa un acte avec force menus princes de TEmpire, par lequel il s'engageoit à ne point reconnoître un neuvième électeur, en conséquence des traités de Westphalie.

Le roi de Danemark le signa aussi, mais je ne sais pourquoi, puisqu'il s'étoit engagé à l'Empereur de n^employer pas la voie de fait. Il venoit enfin de faire la paix avec la maison d'Holstein, et le jeune roi de Suède, qui avoitpassé en personne dans l'île de Seeland, forcé ses retranchements, pris bien des lieux, et menacé tellement Copenhague et les restes de la flotte danoise, battue par celle de Suède, que l'Empereur et le roi d'Angleterre s'entremirent fort à propos pour arrêter tant de progrès. Celle du roi de Pologne duroit toujours contre l'électeur de Brandebourg, en laquelle les Polonoîs ne voulurent prendre aucune part, et avec lesquels leur roi eut de fâcheuses affaires à démêler et avec les Suédois.

Le Roi alla le 23 septembre à Fontainebleau; le roi et la reine d'Angleterre y arrivèrent le 28, et y demeurèrent jusqu'au 12 octobre, avec toutes sortes d'aûention du Roi et de respects de toute la cour pour eux, comme toutes les autres années. M. de Beauvillier, qu'une très-mauvaise santé avoit fait aller à Bourbon, en revint à Fontainebleau le 4 octobre, avec assez de succès.

On remarqua que le comte de Zinzendorf ayant suivi Monseigneur à la chasse du loup le 1*' octobre. Monseigneur, qui au retour de ces chasses nommoit assez souvent plusieurs des plus distingués qui y avoient été pour manger avec lui dans son appartement, y retint cet envoyé de l'Empereur. Quatre jours après, le Roi donna ses ordres pour une grande augmentation de troupes.

Parmi tant de choses importantes, qui préparoient les plus grands événements, il en arriva un fort particulier,

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mais dont la singularité mérite le court récit. Il y avoit bien des années que la comtesse de Verue vivoit à Turin, maîtresse publique de Monsieur de Savoie. Elle étoit fille du duc de Luynes et de sa seconde femme, qui étoit auss/ ,sa tante, sœur de père de sa mère, la fameuse duchesse de Chevreuse. Le nombre d'enfants de ce second lit du duc de Luynes, qui n'étoit pas riche, Tavoit engagé à se défaire de ses filles comme il avoit pu. La plupart étoient belles; celle-ci Tétoit fort, et fut mariée toute jeune en ' Piémont, en 1683, et n'avoit pas quatorze ans lorsqu'elle y ' alla. Sa belle-mère étoit dame d'honneur de Madame de Savoie ; elle étoit veuve et fort considérée. Le comte de Verue étoit tout jeune, beau, bien fait, riche, de Fesprit, et fort honnête homme. Elle aussi avoit beaucoup d'esprit, et dans la suite, un esprit suivi, appliqué, tout tourné à gouverner. Ils s'aimèrent fort, et passèrent quelques années dans ce bonheur.

Monsieur de Savoie, jeune aussi, et qui voyoit souvent la jeune Verue par la charge de la douairière, la trouva à son gré; elle s'en aperçut et le dit à son mari et à sa bellemère, qui se contentèrent de la louer et qui n'en firent aucun compte. Monsieur de Savoie redoubla de soins, et donna des fôtes, contre sa coutume et son goût. La jeune Verue sentit que c'étoit pour elle, et fit tout ce qu'elle put pour ne s'y pas trouver; mai^ la vieille s'en fâcha, la querella, lui dit qu'elle vouloit faire l'importante, et que c'étoit une imagination que lui donnoit son amour-propre. Le mari, plus doux, voulut aussi qu'elle fût de ces fêtes, et que*, sûr d'elle, quand bien même Monsieur de Savoie en seroit amoureux, il ne convenoit ni à son honneur ni à sa fortune qu'elle manquât rien. Monsieur de Savoie lui fit parler; elle le dit à son mari et à sa belle-mère, et fit toutes les instances possibles pour aller à la campagne pa#ser du temps : jamais ils ne le voulurent, et ils commencèrent à la rudoyer si bien, que ne sachant plus que devenir, elle fit la malade, se fit ordonner les eaux de

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