JUGEMENT EN PAYEUR DE LA BRETAGNE
entre Tamirauté de France et la province de Bretagne, qui prétendoit avoir la sienne à part, indépendante en tout de celle de France, et elle en avoit joui jusqu'à présent. C'est ce qui avoit mis, par les prises, pendant les guerres, les gouverneurs de Bretagne si à leur aise, et qui avoit donné moyen à M. de Chaulnes d'y vivre si grandement et d'y répandre tant de biens. Dès que M. le comte de Toulouse eut ce gouvernement, le Roi prit la résolution de juger cette question. Les parties dès longtemps averties pour instruire l'affaire, Valincourt, secrétaire général de la marine, agit pour l'amirauté, et Bénard Rézé, évêque de Vannes, Sévigné et un du tiers état pour la Bretagne, comme députés de la province. M. le comte de Toulouse demeura neutre comme sans intérêt, parce qu'il avoit l'un et Tautrc. Le Roi donna un conseil extraordinaire, un jeudi matin, dans lequel entrèrent M*' le duc de Bourgogne, qui avoit voix depuis quelque temps, les ministres, les secrétaires d'Ëtat, le contrôleur général, et les deux conseillers au conseil royal des finances, qui étoient Pomereu et Daguesseau : ce dernier étoit chargé du rapport; Monsieur y étoit aussi. La province gagna en plein tout ce qu'elle prétendoit, et fut heureuse de ne se trouver point de partie puissante en tête, et qu'au contraire le Roi ne fût pas fâché de la favoriser, pour y faire aimer et accréditer M. le comte de Toulouse.
En môme temps M. du Maine acheta, des héritiers de M. de Scignclay, la belle et délicieuse maison de Sceaux, où M. Colbcrt, et beaucoup plus M. de Seignelay, avoient mis des sommes immenses. Le prix fut de neuf cent mille francs, qui allèrent bien à un million avec les droits, et si ^ les héritiers en conservent beaucoup de meubles, et pour plus de cent mille francs de statues dans les jardins. Aux dépenses prodigieuses de M"* du Maine, on peut présumer que M. du Maine n'auroit pas été en état de faire une telle acquisition sans les bontés ordinaires du Roi pour lui.
M^* de Condé mourut à Paris, le 24 octobre, d*une longue
i. Et cependant.
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maladie de poitrine, qui la consuma moins que les chagrins et les tourments qu'elle essuya sans cesse de Monsieur le Prince, dont les caprices continuels étoient le fléau de tous ceux sur qui il les pouvoit exercer, et qui rendirent cette princesse inconsolable de ce que deux doigts de taille avoient fait préférer sa cadette pour épouser M. du Maine et sortir de sous ce cruel joug. Tous les enfants de Monsieur le Prince étoient presque nains , excepté M"* la princesse de Gonti, Tainée de ses filles, quoique petite. Monsieur le Prince et Madame la Princesse étoient petits, mais d*une petitesse ordinaire; et Monsieur le Prince, le héros, qui étoit grand, disoit plaisamment que si sa race alloittonjonrs ainsi en diminuant, elle viendroit à rien. On en attribuoit la cause à un nain que Madame la Princesse ayoit eu longtemps chez elle ; et il étoit vrai qu'outre toute la taille et rencolure, Monsieur le Duc et M"* de Vendôme en avoient tout le visage. Celui de M"* de Condé étoit beau, et son âme encore plus belle : beaucoup d'esprit, de sens, de raison, de douceur, et une piété qui la soutenoit dans sa plus que très-trislc vie. Aussi fut-elle vraiment regrettée de tout ce qui la connoissoit.
Monsieur le Prince envoya Lussan, chevalier de Tordre et premier gentilhomme de sa chambre, à ma mère, pour la prier de lui faire Tbonneur, en qualité de parente (ce furent ses termes), d'accompagner le corps de M"* de Condé, que M*'* d'Enghien, qui a depuis été M"" de Vendôme, conduiroit aux Carmélites du faubourg Saint- Jacques, où elle avoit choisi sa sépulture. Ma mère, qui n'alloit guère S et qui, non plus que mon père jusqu^à sa mort, ni moi non plus, n'avoit aucune liaison avec Fhôtel de Condé, ne put qu'accepter, et se rendit en mante, dans son carrosse à six chevaux, à l'hôtel de Condé, ches M^^' d'Enghien. La duchesse de Chàtillon, jadis M"* de Royan, dont j'ai parlé à propos de mon mariage, étoit l'autre conviée. Comme on sortit, elle prit le devant sur ma