MORT DE MONSIEUR DE LA TRAPPE
Audri, que j'avois mené à Plombières, qui partit aussitôt, mais qui, en arrivant, ne trouva plus Monsieur de la Trappe en vie. Ces Mémoires sont trop profanes pour n^H porter rien ici d'une vie aussi sublimement sainte, et d*iine mort aussi grande et aussi précieuse devant Dieu. Ce que j'en pourrois dire trouvera mieux sa place parmi les pièces, p. 5^ Je me contenterai de rapporter ici queks louanges furent d'autant plus grandes et plus prolongées, que le Roi fit son éloge en public, qu'il voulut voir des relations de sa mort, et qu'il en parla plus d*une fois aux princes ses petits-fils, en forme d'instruction. De toutes les parties de l'Europe on parut sensible à Tenvî à une si grande perte; l'Église le pleura, et le monde môme lui rendit justice. Ce jour, si heureux pour lui et si triste pour ses amis, fut le 26 octobre, vers midi et demi, entre les bras de son évoque et en présence de sa communauté, à près de soixante-dix-sept ans, et de quarante ans de la plus prodigieuse pénitence. Je ne puis omettre néanmoins la plus touchante et la plus honorable marque de son amitié : étant couché par terre, sur la paille et sur la cendre, pour y mourir comme tous les religieux de la Trappe, il daigna se souvenir de moi de lui-même, et chargea l'abbé de la Trappe de me mander de sa part que, comme il étoit bien sur de mon affection pour lui, il comptoit bien que je ne doutois pas de toute sa tendresse. Je m*arrôte tout court, tout ce que je pourrois ajouter seroit ici trop déplacé.
Le Pape étoit mort le 27 septembre, après avoir longtemps menacé d'une fin prochaine. C'étoit un grand et saint pape, vrai pasteur et vrai père commun, tel qu'il ne s'en voit plus que bien rarement sur la chaire de Saint- Pierre, et qui emporta les regrets universels, comblé de bénédictions et de mérites. 11 s'appeloit Antoine Pignatelli, d'une ancienne maison de Naples, dont il étoit archevêque lorsqu'il fut élu, le 42 juillet 1691, prôs de six