‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 243 sur 333 · MORT DE M^ DE CONDÉ. [ITW · texte numérisé non relu

MORT DE M^ DE CONDÉ. [ITW

ridicule, quoique nous ne nous vifisions point encore ci ce temps-là, ni de bien des années depuis»

Le lendemain de la cérémonie, M. de Lussan vint remffcier ma mère, de la part de Monsieur le Prince, de Flioineur qu'il ^ lui avoit fait, s*informer si elle n*en étoitpiM incommodée, et lui témoigner son déplaisir' de Tincideat si peu convenable qui étoit arrivé, excusant M"* d^Enghin sur sa jeunesse, de la part de Monsieur le Prince, et sor son affliction, de n'y avoir pas mis ordre à TinstanL II ajouta les excuses de Monsieur le Prince de n*être pas venu lui-même chez elle, sur ce quMl avoit été obligé d'aller i Fontainebleau pour les visites, et qu'il ne manqueroitpas de s'acquitter de ce devoir-là à son retour. Si je m'étends sur tous CCS compliments, et si je les ai si correctement retenus, ce n'est pas fatuité ; la vanité y seroit déplacée; mais les façons des princes du sang ont tellement changé depuis, que je n'ai pas voulu omettre ce contraste d'un premier prince du sang, qui étoit plus éloigné qu'aucoa de ses devanciers de donner à personne plus qu'il ne devoit, et qui, plus que pas un d'eux, en est demeuré en reste. Pour achever donc ceci, la déclaration du n» d'Espagne fit aller ma mère à Versailles au retour de Fontainebleau, où elle n'alloit pas souvent. Elle rencontra Monsieur le Prince, qui, dès qu'il l'aperçut, traversa tont ce grand salon qui est devant cette petite pièce qui mène à la grande salle des gardes, vint à elle, lui dit qu*îl mouroit de honte de la rencontrer sans avoir encore été chex eDe lui témoigner sa reconnoissance de l'honneur qu'il loi avoit fait, et de là toutes sortes de compliments. Huit on dix jours après, il la vint voir à Paris, la trouva, et recommença les compliments. 11 y demeura une demiheure, et ne voulut jamais que ma mère pass&t au-delà de quelques pas hors la porte du lieu où elle Favoit reça« U ne faut pas oublier que ce fut un gentilhonmie ordinaire du Roi qui alla de sa part faire les compliments à l'hôtel de Condé, et que, trois mois auparavant, Souvré, maître

1. Ici et vingt-trois lignes plus loin, Saint-Simon a bien écrit tf, et non «tt^

[1700] d'antin quitte le jeu, et le reprend. 36^

de la garde-robe, y avoit été les faire sur la mort d'un enfant au maillot de M"* du Maine.

D'Antin, pour un homme d*autant d*esprit et aussi yersè à la cour, fit en ce temps-ci une bien ridicule démarche. M"'' de Montcspan, comme on Ta vu plus haut, entre autres pratiques de pénitence, travailloit à lui former des biens, mais elle ne vouloit pas travailler en Fair. 11 étoit de toute sa vie dans le plus gros jeu, et faisoit toufea sortes d'autres dépenses; elle vouloit donc qu'il se réglât, et qu'il quittât le jeu, parce que cela n'est pas possible à un homme qui joue. Elle lui promit une augmentation de douze mille livres par an à cette condition, mais elle voulut le lier, et lui, pour la satisfaire, ne trouva point de lien plus fort que de prier M. le comte de Toulouse de dire au Roi de sa part qu'il ne joueroit de sa vie. La réponse du Roi fut sèche : il demanda au comte de Toulouse qu'est-ce que cela lui faisoit que d'Antin jouât ou non. On le sut, et le courtisan, qui n'est pas bon, en fit beaucoup de risées. Ce fut le serment d'un joueur : il ne put renoncer pour longtemps aux jeux de roninierco, puis il les grossit, enfin il se remit aux jeux de hasard, et à peine quinze ou dix-huit mois furent-ils passés, qu il joua de plus belle, et a depuis continué. Lorsqu'il fit faire cette belle protestation au Roi, il avoua qu'il avoit gagné six ou sept cent mille livres au jeu, et tout le monde demeura persuadé qu'il avoit bien gagné davantage.

J'éprouvai à Fontainebleau une des plus grandes afflictions que je pusse recevoir, par la perte que je fis de Monsieur de la Trappe. Attendant un soir le coucher du Uoi, Monsieur de Troyes me montra une lettre qui lui en annonroit l'extrémité. J'en fus d'autant plus surpris que je n'en avois point reçu de là depuis dix ou douze jours, et qu'alors sa santé étoit à l'ordinaire. Mon premier mouvement fut d'y courir, nfais les réflexions qu'on me fit faire sur cette disparate m'arrêtèrent. J'envoyai sur-lechamp à Paris prendre un médecin fort bon, nommé

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