‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 259 sur 333 · Voyez cMcssus, p. 375 et note t · texte numérisé non relu

Voyez cMcssus, p. 375 et note t

inquiétudes de la part des Turcs, dont les armes avoîent souvent rendu celles des empereurs inutiles à TEspagne; que les pays héréditaires, dont l'Empereur pouvoit disposer comme du sien, ne pouvoient entrer en comparaison avec les moindres provinces de France; que ce dernier royaume, le plus étendu, le plus abondant et le plus puissant de tous ceux de TEurope, chaque État considéré à part, avoit Tavantage de ne dépendre de Favis de qui que ce soit, et de se remuer tout entier à la seule Yolonté de son roi, ce qui en rendoit les mouvements parfaitement secrets et tout à fait rapides, et celui encore d^ètre contigu d'une mer à Tautre à TEspagne, et de plus, par les deux mers, d'avoir du commerce et une marine, et d'être en état de protéger celle d'Espagne, et de profiter à Favenir de son union avec elle pour le commerce des Indes, par conséquent de recueillir des fruits de cette union bien plus continuels, plus grands, plus certains que n*aToit pu faire la maison d'Autriche, qui, loin de pouvoir compter mutuellement sur des secours précis, s'étoit souvent trouvée embarrassée à faire passer ses simples courriers d*une branche à l'autre, au lieu que la France et l'Espagne, par leur contiguïté, ne faisoient, pour toutes ces importantes commodités, qu'une seule et même province, et pouvoit agir en tout temps à l'insu de tous ses voisins; que ces avantages ne se trouvoient balancés que par ceux de l'acquisition de la Lorraine, commode et importante à la vérité, mais dont la possession n'augmenteroit en rien le poids de la France dans les affaires générales, tandis qu'unie avec l'Espagne, il seroit toujours prépondérant et très-supérieur à la plupart des puissances unies- en alliance, dont les divers intérêts ne pouvoient rendre ces unions durables comme celui des frères et de la même maison; que d'ailleurs, en se mettant, à titre de nécessité, au-dessus du scrupule de l'occupation de la Lorraine désarmée, démantelée, enclavée comme elle étoit, ne l'avoir pas étoit le plus petit inconvénient du monde, puisqu'on s'en saisiroit toujours au premier mouvement

de guerre , comme on avoit fait depuis si longtemps qu'en ces occasions on ne s*apepcevoit pas de différence entre elle et une province du royaume. A l'égard de Naples, Sicile, et des places de la côte de Toscane, il n'y avoit qu'à ouvrir les histoires pour voir combien souvent nos rois en avoient été les maîtres, et avec ces États, de celui de Milan, de Gênes et d'autres petits d'Italie, et avec quelle désastreuse et rapide facilité ils les avoient toujours perdus; que le traité de partage avoit été accepté faute de pouvoir espérer mieux dès qu'on ne vouloil pas se jeter dans les conquêtes, mais qu'en l'acceptant ç'auroit été se tromper de méconnoître l'inimitié de tant d'années de l'habile main qui l'avoit dressé pour nous donner des noms sans nous donner de choses, ou plutôt des choses impossibles à conserver par leur éloigncnicnt et leur épuisement, et qui ne seroiént bonnes qu'à consumer notre argent, à partager nos forces, et à nous tenir dans une contrainte et une brassière perpétuelle; que pour le Guipuscoa, c'étoit un leurre de le prendre pour une clef d'Espagne; qu'il n'en falloit qu'appeler à nous-niùmes, qui avions été plus de trente ans en guerre avec l'Espagne, et toujours en état de prendre les places et les ports de cette province, puisque le Roi avoit bien conquis celles de Flandres, delà Meuse et du Rhin; mais que la stérilité affreuse d'un vaste pays et la difficulté des Pyrénées avoient toujours détourné la guerre de ce côté-là, et permis, môme dans leur plus fort, une sorte de commerce entre les deux frontières, sous prétexte de tolérance, sans qu'il s'y fût jamais commis aucune hostilité; qu'enfin les places de la côte de Toscane seroient toujours en prise du souverain du Milanois, qui pouvoit faire ses préparatifs à son aise et en secret, tomber dessus subitement et de plein pied, et s'en être emparé avant l'arrivée d'un secours par mer, qui ne pouvoit partir que des ports de Provence; que pour ce qui éloit du danger d'a\oir les rois d'Espagne françois pour ennemis, comme ceux de la maison d'Autriche, cette identité ne pouvoit

jamais avoir lieu, puisqu'au moins, ii*étant pas de cette uiôison, mais de celle de France, tout ce qui ne seroitpis l'intérêt même d Espagne ne seroit jamais le leur« comme au contraire, dès qu'il f auroit identité de maison, il y auroit identité d'intérêts, dont, pour ne parler maintenant que de Textéricur, rabaissement de rEmpereur et la diminution du commerce et de Taccroissement des colonies des Anglois et des HoUandois aux Indes feroit toujours un tel intérêt commun qu'il domineroit tous les autres; que pour l'intérieur, il n'y avoit qu'à prendre exemple sur la maison d'Autriche, que rien n'avoit pu diviser depuis Charles Y, quoique si souvent pleine de riottes^ domestiques; quele désir de s'étendre en Flandres étoit un point que le moindre grain de sagesse et de politique feroit toujours céder ù tout ce que l'union de deux si puissantes monarchiee, et si contiguës partout, pouvoit opérer, qui n^alloit à rien moins pour la nôtre qu'à s'enrichir par le commerce des Indes, et pour toutes les deux à donner le branle, le poids et, avec le temps, le ton à toutes les affaires de TEurope; que cet intérêt étoit si grand et si palpable, et les occasions de division entre les deux rois de même sang si médiocres en eux-mêmes et si anéantis' en comparaison de ceux-4à, qu'il n'y avoit point de division raisonnable à en craindre; qu'il y avoit à espérer que le Roi vivroit assez longtemps non-seulement pour l'établir, et Monseigneur après lui, entre ses deux fils, qu'il n'y avoit pas moins lieu d*en espérer la continuation dans les deux frères, si unis etu affermis de longue main dans ces principes, quMls feroient ])asscr aux cousins germains, ce qui montroit déjà nne longue suite d'années; qu'enfin, si le malheur venoit assex à surmonter toute raison pour faire naître des guerres, iJ falloit toujours qu'il y eût un roi d'Espagne, et qu'un» guerre se pousseroit moins et se termineroit toujours plus

i. De querelles.

2. Eux-mêmes et anéantis^ au masculin, bien que 86 Ttppotîaat

muUcalement à occasions.

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aisément et plus heureusement Ivee un roi de même sang, qu'avec un étranger et de la maison d*Àutriche.

Après cet exposé, le chancelier vînt à ce qui regardoit la rupture du traité de partage. Après en avoir remis le frauduleux, le captieux, le dangereux, il prétendit que la face des choses, entièrement changée du temps auquel il avoit été signé, mettoit de plein droit le Roi en liberté, sans pouvoir être accusé de manquer de foi; que par ce traité il ne s'étoit engagé qu'à ce qu^ilportoit; qu*on n*y trouveroit point de stipulation d'aucun refus de ce qui seroit donné par la volonté du roi d'Espagne, et volonté pure» sans sollicitation, et même à Tinsu du Roi, et de ce qui seroit offert par le vœu universel de tous les seigneurs et les peuples d'Espagne; que le premier étoit arrivé, ^uele second alloit suivre, selon toute apparence; que le refuser contre tout intérêt, comme il croyoit l'avoir démontré, attireroit moins la confiance avec qui le traité de partage avoit été signé, que leur mépris, que la persuasion d*une impuissance qui les enhardiroit à essayer de dépouiller bientôt la France de ce qui ne lui avoit été donné, en distance si éloignée et de si fâcheuse garde, que pour le lui ôter à la première occasion; et que, bien loin de devenir la dictatrice de FEurope par une modération si étrange et que nulle équité ne prétextoit, la France acquerroit une réputation de pusillanimité, qui seroit attribuée aux dangers de la dernière guerre et à l'exténuation qui lui en seroit restée, et qu*eJle deviendroit la risée de ses faux amis avec bien plus de raison que Louis XII et François !** ne Favoient été de Ferdinand le Catholique, de Charles V, des papes et des Vénitiens, parleur rare attachement à leur foi età leurs paroles positives, desquelles ici il n*y a rien qui puisse être pris en la moindre parité; enfin qu*il convenoit qu une si riche succession ne se repueilleroit pas sans' guerre, mais qu'il falioit lui accorder aussi que FEmpereur ne souffriroit pas plus paisiblement Fexécution du traité de partage que celle du testament; que Jamais il

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