‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 26 sur 333 · Publie sa lettre · texte numérisé non relu

Publie sa lettre

[1698] ORAGE CONTRE CHEYREUSE ET BEAUTILLIER. 45

crédit à Tappui de celui de l'archevêque, lui faisoit embrasser tout ce qui pouvoit l'y porter, et par conséquent une cause dont il étoit une des parties principales, et la rendoit ennemie de tout ce qui la pouvoit contre-balancer auprès du Roi. Les ducs de Chevreuse et de Beauvillier et leurs femmes tenoient directement àlui, par une faveur ancienne qui avoit fait naître la confiance, et qui étoit fondée sur festime et sur une continuelle expérience de leur vertu. Cette habitude, qui jusqu'alors les avoit rendus les plus florissants et les plus* considérés de la cour, avoit contenu l'envie.

11 étoit question d'un effort pour déprendre le Roi d'eux. M" de Maintenon, entraînée par Monsieur de Chartres, et piquée de la conduite indépendante d'elle des deux ducs sur les Maximes des saints, que l'un avoit corrigées chez rimprimeur, l'autre directement présentées au Roi en particulier, consentoit à leur perte, et le duc de Noailles, qui songeoit à s'assurer la dépouille de M. de Beauvillier, poussoit incessamment à la roue. 11 ne vouloit pas moins que la charge de gouverneur des enfants de France, celle de chef du conseil des finances, et celle de ministre d'État. Il sentoit que si le Roi pouvoit se laisser persuader, sous prétexte du danger de la doctrine et de la confiance, d'ôter ses petits-fils à Beauvillier, il n'étoit plus possible qu'il pût demeurer à la cour, et que, par nécessité, les deux autres places seroient en même temps vacantes, et que toutes trois ne pouvoient guère que le regarder, dans l'heureuse et nouvelle position où il se trouvoit. Les difficultés qui se rencontroient et qui se multiplioient à Rome sur la condamnation de Monsieur de Cambray, et la conduite qu'y tenoit le cardinal de Bouillon, malgré des ordres si contraires, aigrissoit la cabale au dernier point, et devint enfin ie moyen qu'elle mit en œuvre pour culbuter les ducs de Chevreuse et de Beauvillier.

M"* de Maintenon la proposa au Roi comme un moyen auquel il étoit obligé en conscience, pour le succès de la bonne cause, et ô!er à la mauvaise les appuis qu'elle faisoit

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