‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 261 sur 333 · RÉSOLUTION D*ACCEPTER LE TESTAMENT · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION D*ACCEPTER LE TESTAMENT

1 affaire méritoit bien de dormir dessus et d^attendre vingt-quatre heures ce qui pourroit venir d'Espagne, et si les Espagnols seroient du même avis que leur roi. Il congédia le conseil, à qui il ordonna de se retrouver le lendemain au soir au même lieu, et finit sa journée, comme on Ta dit, entre M"* de Maintenons Torcy, qu'il fit rester, et Barbezieux, qu'il envoya chercher.

Le mercredi 10 novembre, il arriva plusieurs courriers d'Espagne, dont un ne fit que passer, portant des ordres à rélecteur de Bavière à Bruxelles. On eut par eux tout ce qui pou voit achever de déterminer le Roi à Tacceptation du testament, c'est-à-dire le vœu des seigneurs et des peuples, autant que la brièveté du temps le pouvoit permettre ; de sorte que, tout ayant été lu et discuté chez M** de Maintenon, au conseil que le Roi, au retour de la chasse, y tint comme la veille, il s'y détermina à l'acceptation. Le lendemain matin, jeudi, le Roi, entre son lever et sa messe, donna audience à l'ambassadeur d'Espagne, à laquelle Monseigneur et Torcy furent présents. L'ambassadeur présenta, de la part de la Reine et de la junte, une copie authentique du testament. On n'a pas douté depuis qu'en cette audience, le Roi, sans s'expliquer nettement, n'eût donné de grandes espérances d'acceptation à l'ambassadeur, à la sortie duquel le Roi fit entrer M«' le duc de Bourgogne, à qui il confia le secret du parti pris. Le chancelier s'en alla à Paris l'aprèsdînée, et les autres ministres eurent congé jusqu'à Versailles, de manière que personne ne douta que la résolution, quelle qu'elle fût, ne fût prise et arrêtée.

La junte qui fut nommée par le testament pour gouverner en attendant lrf%uccesseur fut fort courte, et seulement composée de la Reine, du cardinal Portocarrero, de don Manuel Arias, gouverneur du conseil de Castiile, du grand inquisiteur, et pour grands d'Espagne, du comte de Benavente et du comte d'Aguilar. Ceux qui firent faire le testament n'osèrent pas exclure la Reine, et ne voulurent pas s'y mettre, pour éviter jalousie. Ils n'étoient pas

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moins sûrs de leur fait, dès que le choix du successem seroit passé à Touverture du testament, ni de la gestion, par la présence du cardinal, du comte de Benavente, et d'Arias, dont ils étoient sûrs, et duquel la charge ^, qae j'aurai ailleurs occasion d'expliquer, donnoit le (dos grand pouvoir, appuyée surtout de l'autorité du cardinal, qui étoit comme le régent et le chef de la junte, tout le crédit et la puissance de la Reine se trouvant anéantis ta point qu'elle fut réduite à faire sa cour au cardinal et à ses amis, et que, sous prétexte de sa douleur, elle n^assista à la junte que pour signer aux premières et plus importantes résolutions, toutes arrêtées sans elle, et qu'elle 8*e& retira dans l'ordinaire et le courant, parce qu'elle sentoit qu'elle n'y servoit que de montre. Âguilar étoit rhonune d'Espagne le plus laid, qui avoit le plus d'esprit, et peutêtre encore le plus de capacité, mais le plus perfide et le plus méchant. 11 étoit si bien connu pour tel qu'il ea plaisantoit lui-même, et qu'il disoit qu'il seroit le jto méchant homme d'Espagne, sans son fils, qui avoit joint à la laideur de son âme celle que lui-même avoit en son corps. Mais c'étoit en môme temps un homme cauteleax, et qui, voyant le parti pris, ne pensa qu'à sa fortune, à plaire aux maîtres des affaires, et à préparer le successeur aie bien traiter. Ubilla, par son emploi, étoit encore d*iin grand et solide secours au cardinal et à Ârias.

La suite nécessaire d'une narration si intéressante ne m'a pas permis de l'interrompre. Maintenant qu'elle est conduite à un point de repos, il faut revenir quelque peo sur ses pas. Il n'est pas croyable Tétonnement qu'eut Blécourt d'une disposition si peu attendue, et dont on s'étoit caché de lui autant que du' comte d'Harrach. La rage de celui-ci fut extrême, par la surprise, par l'aniantissement du testament en faveur de Tarchiduc, sur lequel il comptoit entièrement, et par l'abandon et rimpuissance ' où il se trouva tombé tout à coup, et lui et la Reine, à qui

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