‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 277 sur 333 · TESSÉ A MILAN · texte numérisé non relu

TESSÉ A MILAN

Frédéric lïï, roi de Prusse et électeur de Brandebourg, et se déclara roi de cette manière. Il fut aussitôt traité de Majesté par les conviés et par tout ce qui n*osa ou ne voulut pas se brouiller avec lui, et s'alla bientôt après installer lui-même, en cette nouvelle dignité, à Kœnigsberg, par un nouvel hommage de toute la Prusse ducale. C'est le père de celui qui vient de mourir et le grand-père de celui d'aujourd'hui.

La conduite de l'Empereur, le murmure des^Hollandois, le silence profond de l'Angleterre, firent songer ici à se mettre en état de soutenir le testament partout. Tessé fut envoyé à Milan concerter avec le prince de Vaudemont les choses militaires, et choisi pour commander les troupes que le Roi enverroit au Milanois aux ordres de Vaudemont. Celui-ci envoya bientôt après Colmenero, son confident et général d'artillerie, au Milanois, rendre compte au Hoi de toutes choses et presser l'envoi des troupes. On se mit aussi au meilleur ordre qu'on put par mer, et on fit partir un j^ros corps de troupes sous des officiers généraux, pour passer au Milanois, partie par mer, partie par terre, Monsieur de Savoie ayant accordé le passage de bonne grûce.

Le duc d Ossone, jeune grand d'Espagne, vint saluer le Roi, et ne haisa point M™' la duchesse de Bourgogne, les grands d'L pagne n'ayant jamais eu de rang en France. Sa figure ne donna pas idée à notre cour de celle d'Espagne. Il fut fort festoyé. Il trouva le roi d'Espagne à Âmboise, et eoinnie il étoit gentilhomme de la chambre, il le voulut servir à son dîner, mais M. de Beauvillier lui fit entendre que; ce prince seroit fort aise qu'il fît sa charge auprès de lui des qu'il auroit passé la Bidassoa, mais que tant (ju il scruit en France, il vouloit être servi à l'ordinaire par des François. M. de Beauvillier, comme premier j^entiihomine de la chambre du Roi, et le sien particulier pour avoir été son gouverneur, le servit toujours tant que sa santé le lui permit dans le voyage. Il entendoit une nies?e tous les jours séparément des deux autres princes

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ses frères, recevoit seul, et sans qu'ils se trouvassent présents, les harangues et les honneurs qui lui étoient &it8i et mangea toujours seul, et lorsqu'ils se trouvoîent ensemble en public, c'étoit toujours debout, en sorte qu'ils» se voyc-ient familièrement qu'en' -carrosse ou àporteieF mée, et que tout cérémonial étoit évité entre eux. Je ne s^is pourquoi cela fut imaginé: en Espagne, les inftnte ont un fauteuil, même en cérémonie, devant le Roieth Reine, qui est toujours, à la vérité, d'une étoffe moins riche ; il est vrai qu'en public ils ne mangent point tfet eux, mais en particulier. Plusieurs grands d'Espagne écrivirent au Roi pour le remercier de l'acceptation du lestement; le Roi leur répondit à tous, et leur donna à tous le cousin, qu'ils ont aussi des rois d'Espagne.

Le Roi, qui traita toujours le marquis de Caste! dosRios avec grande distinction et beaucoup de familiarité depuis Facceptation du testament, lui envoya beaucoup d'argent à difTérentes reprises, dont il manquoit fort sans en jamais parler : il l'accepta comme du grand-père de son maître, avec grâce. G'étoit un très-bon, honnête et galant homme, à qui la tête ne tourna ni ne manqua dans cette coigoneture si extraordinaire et si brillante, poli et considéré, et qui se fit aimer et estimer de tout le monde. Le Roi lui procura, au sortir d'ici, la vice-royauté du Pérou, pour Tenrichir, où il mourut au bout de quelques années, dans un âge médiocrement avancé. Il reçut tous ses diplômes, etc., de grand d'Espagne de première classe, gratis, par un courrier, aussitôt après l'arrivée du roi d'Espague à Madrid.

Le duc d'Harcourt étoit retourné à Madrid par ordre du Roi, où il fut reçu avec la plus grande joie. La junte, qui désira qu'il y assistât quelquefois, lui donna le choix de sa place, qu'il prit à la gauche de la Reine, le cardinal Portocarrero étant à droite, et après lui ceux qui la composent, la place de la Reine demeurant vide en son absence, et elle ne s'y trouvoit presque Jamais. Cette junte supplia le Roi de donner ses ordres dans tous les

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Etats du roi son petit-fils, et lui manda qu*elle avoit envoyé ordre à Télecteur de Bavière, au duc de Médina Geli, au prince de Vaudemont, en un mot à tous les vicerois et gouverneurs généraux et particuliers, ambassadeurs et ministres d'Esfkgne, de lui obéir en tout, sans attendre d'autres ordres sur tout ce qu'il lui plairoit de commander, de même à tous les officiers de finance et autres de la monarchie.

Le Nord étoit cependant fort troublé, au grand déplaisir de TEmpereur, qui avoit moyenne la paix entre la Suède et le Danemark, à qui le jeune roi de Suède avoit fait grand mal, et encore plus de peur, par ses conquêtes en personne. Le Roi y entra aussi plus pour Thonneur que pour Tefifet. De là ce jeune prince attaqua les Moscovites^ qu*il battit avec une poignée de troupes contre près de cent mille hommes; il força leurs retranchements à Narva, leur fit lever des sièges, les chassa de la Livonie et des provinces voisines, et s'irrita fort contre le roi de Pologne, qui s'étoit allié avec eux pour soutenir sa guerre d'Elbing, dans laquelle la Pologne avoit refusé d'entrer, et où Oginski, à la tête d'un grand parti contre les Sapieha, ou plutôt contre le roi de Pologne, remportoit de grands avantages, ce qui empôchoitrEmpereur d'espérer du Nord les secours dont il s'étoit flatté pour augmenter ses troupes. 11 cherchoit en môme temps de tous côtés à en acheter, il en farcissoit le Tyrol, et se donna beaucoup de mouvements à Rome pour empêcher le Pape de donner Tinvesliture de Naples et de Sicile au nouveau roi d'Espagne. 11 y réussit, mais d'autre côlé le Pape admit les nominations des bénéfices de ce royaume faites par ce prince comme en étant roi, et fit dire dans l'un et dans l'autre qu'encore qu'il eût des raisons de relarder l'investiture, il le reconnoissoit pour seul roi de Naples et de Sicile, et vouloit qu'il y fût reconnu pour tel sans difficulté. J'avance de quelques mois ce procédé du Pape, pour n'avoir pas à v revenir.

4iG lI£SUnES EN ITALIE. [1701]

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