CHAPITRE XXV
1701. — Mesures en Italie; Tessé. — Mort et caractère da Biri»ezieux. — Chamillait secrétaire d'Ëtat ; son caractère. — Torcf chancelier H Saint-Pouange grand trésorier de l'ordre. <— Mort de Rose, secrétaire du cabinet. — La plume. — Caillières à la^plmne.
— Rose et Monsieur le Prince. — Rose et H. de Duras. Rose et
les Portails. - Moit de Stoppa, colonel des gardes suisses. — Mort du prince de Monaco, ambassadeur à Rome. — Mort de Bontemps.— Bloin. — M. de Vendôme. — Bals particuliers k la cour.
Il étoit donc question de se préparer à une guerre vive en Italie, où Tessé avoit été. envoyé, comme un homme agréable à Monsieur de Savoie et à ses ministres, qui ivoit négocié à Turin la dernière paix et le mariage de M* la duchesse de Bourgogne. Cétoit un homme doux, liant, insinuant, avec plus de manège que d*esprit ni de capacité, mais heureux en tout au dernier point, avec une figure fort noble, et un langage de cÔur qu* [il] savoit tourner et retourner. On avoit un besoin continuel de Monsieur de Savoie pour le passage et les vivres; on 8*en vouloit assurer pour allié; Mantoue aussi, par sa situation, étoit un objet principal, et Tessé connoissoit fort MoDsienr de Mantoue. 11 étoit donc parti chargé de beaucoup d'instructions, et si Torcy y avoit beaucoup travaillé ponr le politique, Darbezieux avoit eu une grande besogne i dresser pour tous les détails des troupes, des vivres et des différentes parties et plans de la guerre.
Au fort de ce travail, il eut la douleur de voir, comme je Tai dit, Chamillart ministre dans le temps où on s'y attendoit le moins : ce fut pour lui un coup de foudre. Depuis plus de soixante ans ses pères avolent ea« danses même place, une très-principale part au gouvernement de l'Ëlat, et lui-même, depuis près de dix ans qu*il la remplissoit, ne s'y étoit guère moins acquis de crédit et d'autorité qu'eux. Chamillart, tout nouveau et depuis deux ans en
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place, en étoit encore à rechercher de lui faire sa cour, après avoir été souvent dans Tanti chambre de son père et dans la sienne. Cette préférence lui fut insupportable en elle-même, et encore par le coup de caveçon qu'elle lui donnoit, et qui lui fit bien sentir qu'il n'étoit pas saison de s'en plaindre. Chamillart, qui n'avoit pas imaginé d'être appelé sitôt au conseil d'État, fit en homme modeste et en bon ami tout ce qu'il put pour le consoler.
Barbczieux ne fut point piqué contre lui, mais outré de la chose, il ne put se laisser adoucir le courage, haut, fier et présomptueux à l'excès. Sitôt qu'il eut expédié Tessé, il se livra avec ses amis à la débauche plus que de coutume, pour dissiper son chagrin. Il avoit bâti entre Versailles et Vaucresson, au bout du parc de Saint-Cloud, une maison en plein champ, qu'on appela l'Estang, qui dans la plus triste situation du monde, mais à portée de tout, lui avoit coulé des millions. Il y alloit souvent, et c'étoit là qu'il tàchoit de noyer ses déplaisirs, avec ses amis, dans la bonne chère et les autres plaisirs secrets; mais le chagrin surnageoit, qui, joint à des plaisirs au-dessus de ses forces, dans lesquelles il se fioit trop, lui donna le coup mortel. Il revint au bout de quatre jours de l'Ëstang à Versailles avec un grand mal de gorge et une fièvre ardente, qui dans un tempérament d'athlète comme étoit le sien, et à son âge, demandoient force saignées, que la vie qu'il venoit de mener rendoit fort dangereuses. La maladie le parut* dès le premier moment; elle [ne] dura que cinq jours. A peine eut-il le temps de faire son testament et de se confesser quand rarchevêque de Reims l'avertit du danger pressant, contre lequel il disputoit contre Fagon môme. Il mourut tout en vie, avec fermeté, au milieu de sa famille, et sa porte ayant été continuellement assiégée de toute la cour. Elle venoit de partir pour Marly; c'étoit la veille des Rois. 11 finit avant trentetrois ans, dans la môme chambre où son père étoit mort.
C'étoit un homme d'une figure frappante, extréme-