‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 279 sur 333 · MORT ET CARACTÈRE · texte numérisé non relu

MORT ET CARACTÈRE

ment agréable, fort mâle, avec un visage gracieux et aimable et une physionomie forte, beaucoup d*esprit, de pénétration, d'activité, de la justesse et une facilité incroyable au travail, sur laquelle il se reposoit pour prendre ses plaisirs, et en faisoit plus et mieux en deux heures qu'un autre en un jour. Toute sa personne, sob langage, ses manières, et son énonciation aisée, juste, choisie, mais naturelle, avec de la force et de Téloquence, tout en étoit gracieux. Personne n'avoit autant Tair do monde, les manières d'un grand seigneur, tel qu*il eût bien voulu être, les façons les plus polies et, quand il loi plaisoit, les plus respectueuses, la galanterie la plus naturelle et la plus fine, et des grâces répandues partout. Aussi, quand il vouloit plaire, il charmoit, et quand il obligeoit, c' étoit au triple de qui que ce fût par les manières. Nul homme ne rapportoit mieux une affaire, ni ne possédoit plus pleinement tous les détails, ni ne les manioit plus aisément que lui. Il sentoit avec délicatesse toutes les différences des personnes, et avec capacité toutes celles des affaires, de leurs gradations, de leur plus ou moins d'importance, et il épuisoit les affaires d'une manière surprenante ; mais orgueilleux à Fexcès, entreprenant, hardi, insolent, vindicatif au dernier point, facile à se blesser des moindres choses, et très^-difficile i en revenir. Son humeur étoit terrible et fréquente : il la connoissoit, il s*en plaignoit; il ne la pouvoit vaincre: naturellement brusque et dur, il devenoit alors brutal et capable de toutes les insultes et de tous les emportements imaginables, qui lui ont ôté beaucoup d*amis. Il les choîsissoit mal, et dans ses humeurs il les outrageoit, quels qu'ils fussent, et les plus proches et les plus grands, et après il en étoit au désespoir; changeant avec cela, mais le meilleur et le plus utile ami du monde tandis qu'il l'étoit, et l'ennemi le plus dangereux, le plus terriUe, b plus suivi, le plus implacable, et naturellement féroce : c'étoit un homme qui ne vouloit trouver de résistance en rien, et dont Taudace étoit extrême.

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