DOMESTIQUES DES ENFANTS DE FRANCE [1698J
d'auprès des princes quelques subalternes dont on n'étoit pas si sûr, et dont la disgrâce feroit voir à Rome la partialité et les soins du Roi, sans faire un éclat aussi préjudiciable et aussi scandaleux que seroit celui d'ôter M. de Beauvillier.
Ce fut ce qui le sauva, et le Roi en fut fort aise. Le fond d'estime et la force de Thabitude n'avoient pu être arrachés par tous les soins que M"" de Maintenon avoit pris d'en venir à bout, et par elle-même, et par tout ce qu'elle avoit pu y employer d'ailleurs. Il en fut de même à divers degrés du duc de Chevreuse, que la chute de M. de Beauvillier eût entraîné, et que sa conservation raffermit; et le Roi, rassuré sur le point de la conscience par un homma en qui, sur ce point, il avoit mis sa confiance, et qui de plus s'y trouvoit aussi puissamment intéressé, respira et devint inaccessible aiix coups qu'à l'appui de cette affaire on voulut leur porter désormais. Mais l'orage tomba sur les autres, sans que M. de Beauvillier, trop suspect à leur égard, les pût sauver.
Ce fut pourtant avec lui-même que le Roi décida leur disgrâce. Il fut longtemps seul avec lui, le matin du lundi 2 juin, avant le conseil, et l'après-dînée on sut que Tabbé de Beaumont, sous-précepteur, l'abbé de Langer'on, lecteur, du Puis et l'Échelle, gentilshommes de là manche de M*' le duc de Bourgogne, étoient chassés sans aucune conservation pécuniaire, et Fénelon, exempt des gardes du corps, cassé, sans autre faute que le malheur d'être frère de Monsieur de Cambray. On apprit tout de suite que M. de Beauvillier avoit ordre de présenter au Roi un mémoire des sujets qu'il croiroit propres à remplir les quatre places auprès des princes.
Rien ne marqua plus la rage de la cabale que Fénelon cassé, qui, par son emploi, n'approchoit point des princes, et dont la doctrine assurément étoit nulle. Âu^si M"" de Maintenon fut-elle outrée de s'être vue toucher au but, pour n'avoir plus d'espérance contre des gens qui, échap-