Rose
424 ROSE ET MONSIEUR LE PRINCE. [i*01]
Fauteur du présent. Il s'en alla trouver le Roi dans son cabinet, et tout résolument lui demanda la permission de lui faire une question peut-être un peu sauvage. Le Roi, fort accoutumé à lui et à ses goguenarderies, car il étoit plaisant et fort salé, lui demanda ce que c'étoit. « Ce que c'est. Sire, lui répondit Rose d'un visage enflammé, c'est que je vous prie de me dire si nous avons deux rois en France. — Qu'est-ce à dire? dit le Roi surpris, et rougissant à son tour. — Qu'est-ce à dire ? répliqua Rose, c'est que si Monsieur le Prince est roi comme vous, il faut pleurer et baisser la tôte sous ce tyran ; s'il n'est que premier prince du sang, je vous en demande justice. Sire, car vous la devez à tous vos sujets, et vous ne devez pas soufifrir qu'ils soient la proie de Monsieur le Prince; » et de là lui conte comme il l'a voulu obliger à lui vendre sa terre, et après l'y forcer en le persécutant, et raconte enfin l'aventure des renards. Le Roi lui promit qu'il parleroit à Monsieur le Prince de façon qu'il auroit repos désormais. En effet, il lui ordonna de faire ôter par ses gens et à ses frais jusqu'au dernier renard du parc du bonhomme, et de façon quMl ne s'y fît aucun dommage, et qu'il réparât ceux que les renards y avoîent faits; et pour l'avenir lui imposa si bien, que Monsieur le Prince, plus bas courtisan qu'homme du monde, se mît à rechercher Rose, qui se tint longtemps sur son fier, et oncques depuis n'osa le troubler en la moindre chose. Malgré tant d'avances, qu'il fallut bien enfin recevoir, il la lui gardoit toujours bonne, et lui làchoit volontiers quelque brocard; moi et cinquante autres en fûmes un jour témoins.
Les jours de conseil, les ministres s'assombloient dans la chambre du Roi sur la fin de la messe, pour entrer dans le cabinet quand on les appeloit pour le conseil, lorsque le Roi étoit rentré par la galerie droit dans ses cabinets. Il y avoit toujours des courtisans à ces heures-là dans la chambre du Roi, ou qui avoient affaire aux ministres, à qui ils parloient là plus commodément quand ils avoient peu à leur dire, ou pour causer avec eux. Monsieur le