ROSE ET MONSIEUR LE PRINCE
Prince y vcnoit souvent, et il étoit vrai qu'il leur parloit à tous sans avoir rien à leur dire, avec le maintien d'un client qui fait bassement sa cour. Rose, à qui rien n'échappoit, prit sa belle qu'il y avoit beaucoup du meilleur de la cour, que le hasard y avoit rassemblé ce jour-là, et que Monsieur le Prince avoit cajolé les ministres avec beaucoup de souplesse et de flatterie. Tout d'un coup le bonhomme, qui le voyoit faire, s'en va droit à lui, et clignant un œil avec un doigt dessous, qui étoit quelquefois son geste : « Monsieur, lui dit-il tout haut, je vous vois faire ici un manège avec tous ces Messieurs, et depuis plusieurs jours, et ce n'est pas pour rien; je connois ma cour et mes gens depuis longues années, on ne m'en fera pas accroire : je vois bien où cela va; » et avec des bonds et des inflexions de voix qui embarrassoient tout à fait Monsieur le Prince, qui se défendoit comme il pouvoit. Ce dialogue amassa les ministres ci ce qu'il y avoit là de principal autour d'eux. Coiiime Rose se vit bien environné et le conseil sur le point d'ôtre appelé, il prend respectueusement Monsieur le Prince par le bout du bras, avec un souris fin et malin : « Seroit-ce point, Monsieur, lui dit-il, que vous voudriez vous faire premier prince du sang? » et à l'instant fait la pirouette, et s'écoule. Qui demeura stupéfait? ce fui Monsieur le Prince, et toute l'assistance à rire sans pouvoir s'en empocher. C'étoit là de ces tours hardis de Rose; celui-là fit plusieurs jours l'amusement et l'entretien de la cour. Monsieur le Prince fut enragé, mais il ne put et n'osa (jue dire. 11 n'y avoit guère plus d'un an de cette aventure lorsque ce bonhomme mourut.
Il n'avoit jamais pardonné à M. de Duras un trait, qui en eiTet fut une cruauté. C'étoit à un voyage de la cour; la voiture de Rose avoit été, je ne sais comment, déconfite : (rim[)alience, il avoit pris un cheval. Il n'étoit pan bon cavalier: lui et le cheval se brouillèrent, et le cheval s'en défit dans un bourbier. Passa M. de Duras, à qui Wmi rria à l'aide de dessous son cheval au milieu du bourbi*;r. M. de Duras, dont le carrosse alloit doucement dann cfiic