MORT DE BONTEMPS
chez le Roi, où il entroit partout à toutes heures, et toujours par les derrières, et qui n'avoit d'esprit que pour bien servir son maître, à quoi il étoit tout entier, sans jamais sortir de sa sphère. Outre les fonctions si intimes de SOS deux emplois, c'étoit par lui que passoient tous les ordres et les messages secrels, les audiences ignorées, qu'il introduisoit chez le Roi, les lettres cachées au Roi etdu Roi, et tout ce qui étoit mystère. C'étoit bien de quoi gâter un homme qui étoit connu pour être depuis cinquante ans dans cette intimité, et qui avoit la cour à ses pieds, à commencer par les enfants du Roi et les ministres les plus accrédités, et à continuer par les plus grands seigneurs. Jamais il ne sortit de son état, et, sans comparaison, moins que les plus petits garçons bleus, qui tous étoient sous ses ordres. Il ne fit jamais mal à qui que ce soit, et se servit ^ toujours de son crédit pour obliger. Grand nombre de gens, môme de personnages, lui durent leur fortune, sur quoi il étoit d'une modestie à se brouiller avec eux, s'ils en avoient parlé jusqu'à lui-môme. Il aimoit, vouloit et procuroit les grâces pour le seul plaisir de bien faire, et il se peut dire de lui qu'il fut toute sa vie le père des pauvres, la ressource des aflOiigés et des disgraciés qu'il connoissoit le moins, et peut-être le meilleur des humains, avec des mains non-seulement parfaitement nettes, mais un désintéressement entier et une application extrême à tout ce qui étoit sous sa charge. Aussi, quoique fort diminué de crédit pour les autres par son âge et sa pesanteur, su perte causa un deuil public et à la cour, et à Paris, et dans les provinces : chacun en fut afOiigé comme d'une perte particulière, et il est également innombrable et inouï tout ce qui fut volontairement rendu à sa mémoire, et de services solennels célébrés partout pour lui. J'y perdis un ami sur, plein de respect et de reconnoissance pour mon père, comme je l'ai dit ailleurs. Il laissa deux lils, qui ne lui ressemblèrent en rien : l'aîné ayant sa survivance de premier valet de chambre, l'autre premier valet de gardc-rube.
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Bloin, autre premier valet de chambre, eut Fintendance i-:{ ,rr'^e Versailles et de Marly, au père de qui, pour cet emploi, Bontemps avoit succédé. Bloin eut aussi la confiance des paquets secrets et des audiences inconnues. Cétoit un homme de beaucoup d'esprit, qui étoit galant et particulier, qui choisissoit sa compagnie dans le meilleur de la cour, qui régnoit chez lui dans Texquise chère, parmi un petit nombre de commensaux grands seigneurs, ou de gens qui suppléoient d'ailleurs aux titres, qui étoit froid, indifférent, inabordable, glorieux, sufiSsant et volontiers impertinent, toutefois peu méchant, mais à qui pourtant il ne falloit pas déplaire. Ce fut un vrai personnage, et qui se fit valoir et courtiser par les plus grands et par les ministres, qui savoit bien servir ses amis, mais rarement, et n'en servoît point d'autres, et ne laissoit pas d*ôtre en tout fort dangereux, et de prendre en aversion sans cause, et alors de nuire infiniment.
M. de Vendôme revint d'Ânet, après avoir passé encore une fois par le grand remède ; il se comptoit guéri, et ne le fut jamais. Il demeura plus défiguré qu'il ne Tétoit auparavant cette seconde dose, et assez pour n'oser se montrer aux dames et aller à Marly. Bientôt il s*y accoutuma, et tâcha d'y accoutumer les autres. Ce ne fut pas sans dégoût, et sans chercher sa physionomie et ses principaux traits, qui ne se retrouvèrent plus. Il paya d'audace, en homme qui se sent tout permis et qui se veut tout permettre ; il avoit de bons appuis. Cétoit en janvier, et il y avoit des bals à Marly : le Roi s'en amusa tous les voyages jusqu'au carême; et la maréchale de Noailles en donna souvent à M""* la duchesse de Bourgogne, chez elle à Versailles, qui avoient l'air d'être en particulier.