PHILIPPE V À RAYONNE
A Bayonne le Roi trouva le marquis de Gastanaga, dix ou douze autres personnes de considération, et plus de quatre mille Espagnols accourus pour le voir. Harcourt y étoit arrivé deux jours auparavant, de Madrid, au-devant de lui. Le Roi se mit dans un fauteuil à la porte de son cabinet, ayant derrière lui M. de Beauvillier, entre MM. de Noailles et d'Harcourt ; le duc d'Ossone étoit plus en avant, pour marquer au Roi ceux qui, étant gentilshommes, pou voient avoir Fhonneur de lui baiser la main. Tous, à Tespagnole, se mirent à genoux en se présentant devant lui. 11 vit toute cette foule les uns après les autres, et les satisfit tous ainsi au dernier point fort aisément. M. de Beauvillier avoit souvent entretenu le roi d'Espagne tète à tête pendant le voyage. Il y eut, pendant le séjour de Bayonne, des conférences où le duc d'Harcourt fut presque toujours en tiers , et quelquefois le duc de Noailles avec eux. Ils allèrent à Saint-Jean de Luz, et le 22 janvier se fit la séparation des princes, avec des larmes qui allèrent jusqu'aux cris.
Après quantité d'embrassades réitérées aux bords de la Bidassoa, au môme endroit des fameuses conférences de la paix des Pyrénées, le duc de Noailles emmena le roi d'Espagne d'un côté, et le duc de Beauvillier les deux autres princes de l'autre, avec lesquels il remonta en carrosse, et retournèrent à Saint-Jean de Luz. Il y avoit un pont et de très-jolies barques galamment ajustées par ceux du pays. Le roi d'Espagne passa dans une avec le duc d'Harcourt, le marquis de Quintana, gentilhomme de la chambre, et le comte d'Ayen. La petite rivière qui sépare les deux royaumes étoit bordée d'un peuple innombrable à perte de vue des deux côtés; les acclamations ne finissoicnt point, et redoubloient à tous moments. Au sortir de la barque, le roi d'Espagne marcha un peu à pied, pour contenter la curiosité de ces peuples, et alla coucher à Irun. 11 fut d'abord à l'église, où le Te Deum fut chanté; et dès le même soir, il commença à être servi et à vivre à l'espagnole. Il fut visiter le lendemain Fontarabîe,