‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 295 sur 333 · ABBÉ BIGNON · texte numérisé non relu

ABBÉ BIGNON

pic de Monsieur de Reims, laissé faire conseiller d*Ëtat d'Ëglise. J'ai tant parlé de ce prélat, que je me contenterai de dire qu'.il mourut fort pieusement, après avoir trèssoigneusement gouverné son diocèse. On trouva dans ses papiers des brouillons de sa main pour servir à son oraison funèbre, tant la folie de la vanité avoit séduit ce prélat, d'ailleurs docte, fort honnête homme, très-homme de bien, bon évoque et de beaucoup d'esprit. Il ne laissa pas d'être regretté, et beaucoup dans son diocèse. Sa vanité eût été étrangement mortifiée s'il eût prévu ses successeurs.

Le chancelier, qui avoit extrêmement aimé sa sœur, femme de Bignon, conseiller d'Ëtat, et qui en avoit comme adopté les enfants, étoit fort embarrassé de Tabbé Bignon. G'étoit ce qui véritablement, et en bonne part, se poavoit appeler un bel esprit, très-savant, et qui avoit prêché avec beaucoup d'applaudissements; mais sa vie avoit si peu répondu à sa doctrine qu'il n'osoit plus se montrer en chaire, et que le Roi se repentoit des bénéfices qu'il loi avoit donnés. Que faire donc d'un prêtre à qui ses mœurs ont ôté toute espérance de l'épiscopat? Cette place de conseiller d*État d'Ëglise parut & son oncle toute propre à l'en consoler et à le réhabiliter dans le monde, en lu donnant un état. L'embarras étoit que ces places étoient destinées aux évêques les plus distingués, et qu'il étoit bien baroque de faire succéder l'abbé Bignon à M. de Tonnerre, évôque-comte de Noyon, pour le mettre en troisième avec Monsieur de Reims et Monsieur de Meaux; c'est pourtant ce que le chancelier obtint, et ce fut tout Teffoit de son crodil. Il fit par là un tort à l'épiscopat et une plaie au conseil, où pas un évêque n'a voulu entrer depuis, par Tindéccnce d'y seoir après un homme du second ordre, ce qui ne peut s'éviter que par des évêques pairSi qui précèdent le doyen des conseillers d'État « comme faisoient Messieurs de Reims et de Noyon. L'abbé Bignon fut transporté de joie d'une distinction jusqu'à lui inouïe. Son oncle le mit dans des bureaux en attendant qu'il lui

Page 1