RETOUR DU DUC DE BEAUTILLIER
de celles où ce spécifique n*est pas à temps ou même n'est point propre. C'est ce qui donna la vogue à Helvétius, qui d'ailleurs étoit un bon et honnête homme, homme de bien, droit et de bonne foi. 11 étoit excellent encore pour les petites véroles et les autres maladies de venin ; d'ailleurs médiocre médecin.
M. de Chevreuse dit au Roi la résolution qu^il prenoit; il l'approuva, et le rare est que Fagon même en fut bien aise, qui, dans une autre occasion, en seroit entré en furie; mais comme il étoit bien persuadé que M. de BeauviUier ne pouvoit échapper, et qu'il mourroit & Saint-Âignan, il fut ravi que ce fût entre les mains d'Helvétius, pour en triompher. Dieu merci, le contraire arriva : Hèlvétiiis.le trouva au plus mal; en sept ou huit jours ille mit en état de guérison certaine et de pouvoir s'en revenir. Il arrin de fort bonne heure à Versailles, le 8 mars. Je couros l'embrasser avec toute la joie la plus vive. Revenant de chez lui, et traversant l'antichambre du Roi, je vis un gros de monde qui se pressoit à un coin de la cheminée : j*allai voir ce que c'étoit. Ce groupe de monde se fendit; je vis Fagon tout débraillé, assis, la bouche ouverte, dans l'état' d'un homme qui se meurt : c'étoit une attaque d'épilepsie. 11 en avoit quelquefois, et c'est ce qui le tenoit si barricadé chez lui, et si court en visites chez le peu de malades de la cour qu'il voyoit, et chez lui jamais personne. Aussitôt que j'eus aperçu ce qui assembloit ce monde, je continuai mon chemin chez M. le maréchal de Lorges, où entrant avec l'air épanoui de joie, la compagnie, qui y étoit toujours très-nombreuse, me demanda d'où je venois avec Taîr satisfait. « D'où je viens? répondis-je, d'embrasser on malade condamné qui se porte bien, et de voir le médecin condamnant qui se meurt. » J'étois ravi de M. de Beaufillier, et piqué sur lui contre Fagon. On me demanda ee que c'étoit que cette énigme; je l'expliquai; et voilà chacun en rumeur sur l'état de Fagon, qui étoit à la cour on personnage très-considérable et des plus comptés, jusque par les ministres et par tout l'intérieur du Roi. M. et M"*h
maréchale de Lorges me firent signe, de peur que je n'en disse davantage, et me grondèrent après avec raison de mon imprudence. Apparemment qu'elle ne fut pas jusqu'à Fagon, avec qui je fus toujours fort bien.
On sut en même temps que le cardinal de Bouillon, à bout d'espérancesssur ses manèges et sur les démarches réitérées du Pape en sa faveur, étoit enfin parti de Rome, . . et s'étoit rendu à son exil de Cluni, où bientôt après il eût V^ /^^^ ' mainlevée de la saisie de ses biens et de ses bénéfices. Il Ji^oty.*^sâ, n'avoit pu se tenir, après avoir ouvert la porte sainte du grand jubilé, d'en faire frapper des médailles, où cette^ /«^-^^ cérémonie étoit d'un côté, lui de l'autre, avec son nom \ autour et la qualité de grand aumônier de France, qu'il ? é^*^^*^ n'étoit plus alors. Cela avoit irrité le Roi de nouveau contre lui, et eut peut-être part à la fermeté avec laquelle il résista au Pape sur le retour et l'exil du cardinal de Bouillon, et à tout ce qu'il employa pour s'en délivrer.
Milord Melford, chevalier de la Jarretière, qu'on a vu ci-devant exilé de Saint-Germain, et revenu seulement à Paris, écrivit une lettre à Milord Perth, son frère, gouverneur du prince de Galles, par laquelle il paroissoit qu'il y avoit un parti considérable en Ecosse en faveur du roi Jacques, et qu'on songeoit toujours ici à le rétablir et la religion catholique en Angleterre. Je ne sais ni personne n'a su comment il arriva que cette lettre, au lieu d'aller à Saiïit-Germain, fut à Londres. Le roi Guillaume la fit communiquer au Parlement, et en fit un grand usage contre la France, qui ne pensoit à rien moins, et qui avoit bien d'autres affaires pour soutenir la succession d'Espagne, et d'ailleurs ce n'eût pas été au comte de Melford qu'on se fût fié d'un dessein de cette importance, dans la situation où il étoit avec sa propre coijir et la nôtre ; mais il n'en falloit pas tant au roi Guillaume pour faire bien du bruit, ni aux Anglois pour les animer contre nous dans la conjoncture des affaires présentes. Melford fut pour sa peine envoyé à Angers, et fut fort soupçonné. Je ne sais si ce fut à tort ou non.
448 ROI JACQUES k BOURBON. [1701]
Peu de jours après, le roi Jacques se trouva fort mal, et tomba en paralysie d*une partie du corps, sans que la tète fût attaquée. Le Roi, et toute la cour à son exemple, lui rendit de grands devoirs. Fagon Tenvoya à Bourbon; la reine d'Angleterre Ty accompagna. Le Roi fournit magnifiquement à tout, chargea d'Urfé d'aller avec eux de sa part, et de leur faire rendre partout les mêmes honneurs ({u'à lui-même, quoique ils voulussent être sans cérémonies.