GRAND ÉCUYER ET PREMIER ÉGUYER
ment subordonnés qu'ils ne peuvent s^absenter sans sa permission ni rien faire dans leurs charges sans ses ordres. Ils sont obligés de lui rendre compte de tout en son absence, et de l'envoyer avertir quand il le leur a dit, ou sans cela dès qu'il arrive quelque chose d'extraordinaire. S'il trouve quelque chose qu'ils aient fait mal ou mauvais, il le change ou les réprimande très-bien, sans qu'ils aient un mot à dire que se taire avec respect, quels qu'ils soient, et lui obéir. Il a sous lui, pour le détail des habits, un officier qui tient plus du valet que du noble, mais qui est pourtant considéré plus que les premiers valets de garde-robe d'ici.
Le grand écuyer est là comme ici le même, a^ec deux grandes différences : l'une,- que dès que le Roi est dehors, il a toutes les fonctions du sommelier, même en sa présence. II le sert s'il mange dans son carrosse ou sur l'herbe, vi s'il a besoin d'un surtout ou de quelque autre chose, il le lui présente ; et si à la chasse, à la promenade, en chepiin, quelque seigneur ait à être présenté au Roi, c'est le grand écuyer et non le sommelier qui le présente. La seconde est qu'il y a un premier écuyer et point de petite écurie; le premier écuyer fait, sous lui et dans une dépendance entière et journalière, le détail de l'écurie, et s'il se trouve présent quand le grand écuyer monte à cheval, c'est lui qui l'y met, et toujours un écuyer du Roi qui lui tient l'étrier à monter et à descendre. Le premier <'cuyer le conduit à pied, la main au mors du cheval sur lequel il est monté, depuis l'écurie jusqu'au palais tout du long de la place, et lorsqu'en suivant le Roi, il monte dans le carrosse qui le précède ou qu'il en descend, c'est au premier écuyer à ouvrir et à fermer la portière, comme le grand écuyer ouvre et ferme celle du Roi. Dans ce carrosse du grand écuyer il n'y entre que les trois charges principales du Roi, les deux de la Reine, et le capitaine des gardes en quartier. Quelquefois, par un hasard extrêmement rare, il y entrera quelque vieux grand d'Espagne, mais fort distingué et fort considérable.
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Excepté la charge de premier écuyer, le grand écuyer diflh pose de toute Técurie du Roi, chevaux, mules, Toitures de toute espèce, valets, officiers, écuyers, livrées, fournitures, et est seul ordonnateur de toutes ces dépenses. Il est en même temps le chef de toutes les chasses, avec la même autorité et dispensation que de récurie. Les meutes et les chasses à courre sont inconnues en Espagne, par la chaleur, Taridité et la rudesse du pays; mais tirer, voler, et des battues aux grandes bêtes, de mille et quinze cents paysans, dont le grand écuyer ordonne, sont les chasses ordinaires, et la dernière, celle du roi Philippe V,de presque tous les jours. Avec cela il y a quatre ou cinq petites maisons de chasse, la vaste capitainerie de FEscurial, et quelques autres moindres, attachées à la chaîne du grand écuyer. C'est le seul seigneur sans exception qui aille dans Madrid à six mules ou à six chevaux, et à huit 8*11 veut, avec un postillon, parce que c'est un carrosse et un attelage du Roi S'il mène quelqu'un avec lui, qui que ce pût être, il n'est pas permis au grand écuyer de le &ire monter devant lui ni de lui donnerla droite, et cela n*en retient personne ni ne fait aucune difficulté pour aller avec lui faire des visites ou à la promenade. -Le duc del Arco, dont j'aurai lieu de parler, qui Tétoit pendant mon anjbassadc, fut le parrain de mon second fils pour sa couverture de grand d'Espagne. Il vint donc le prendre en grande cérémonie pour le mener au palais, mais par politesse, et pour lui pouvoir donner la place et la main, il vint avec son carrosse et ses livrées à lui, et rien de Fécurie. Il tient une table où, comme partout ailleurs, 0 est servi par les pages du Roi, qui font à son égard et toujours tout ce que feroient les siens. Chez lui encore ils servent tous ceux qui mangent à sa table comme s*ils étoient à eux, mais aussi ceux qui servirent hier se mettent aujourd'hui à table, et mangent de droit avec le grand écuyer et avec tous ceux qui mangent chez lui, et ainsi de suite tous les jours. Le premier écuyer tient la petite taUe quand il y en a une, et fait les honneurs chez le grand
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écuyer. En son absence, il a toutes ses fonctions, mais il Wôie en dehors le service qu'aux gentilshommes de là chambre, et non au sommelier; il ne va point à six chevaux ou mules par Madrid, ne monte point à la suite du Roi dans le carrosse marqué pour le grand écuyer, et n*est point servi par les pages du Roi, qu'à table seulement chez le grand écuyer, comme tous ceux qui y mangent; il suit le Roi dans une voiture à part ou achevai.
Le capitaine des hallebardiers ne peut être mieux comparé, lui et sa compagnie, en tout et pour tout, qu'aux Cent-Suisses de la garde du Roi et à leur capitaine; c'est une ancienne garde des rois d'Espagne.
Je parlerai en son temps des capitaines des gardes du corps que Philippe V a établis, et qui avec leurs compagnies étoient avant lui inconnus en Espagne, ainsi que des deux colonels de ses régiments des gardes, qui sont aussi de son établissement.
Le patriarche des Indes n*a pas seulement la plus légère idée qui ait la moindre conformité à ce grand titre : il ne peut rien aux Indes, il n'en touche rien, il n'en prétend même rien, il y est inconnu. C'est un évoque sacré in pariibus, dont la fonction est d'être toujours à la cour, pour y suppléer à l'absence de l'archevêque de Saint-Jacques de Compostelle, qui n'y paroît jamais, non plus que tous les autres évêques d'Espagne, qui résident continuellement. Celui-là est grand aumônier né par son siège, et cette place de grand aumônier enferme tout ce que nous connoissons ici sous les noms de grand aumônier, premier aumônier, maître de la chapelle, et mailre de l'oratoire. Ce prélat devient presque toujours cardinal, s'il ne Test déjà quand on lui donne la charge. Si, par un hasard qui est arrivé quelquefois, l'archevêque de Compostelle venoit à la cour, il effaceroit le patriarche des Indes, qui, même cardinal, ne seroit plus rieiû en sa présence.
Comme il n'y vient jamais, le patriarche dispose de tout ce qui est de la chapelle, et les sommeliers de cortine, qui sont les aumôniers du Roi, et fort souvent gens de la prc^